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Très bref résumé

 

LINGES de L'ENSEVELISSEMENT

au soir du vendredi

1) Selon Matthieu, Marc et Luc : Unanimité.

Un seul mot grec utilisé, sindôn, qui signifie notamment LINCEUL. Le dictionnaire grec Pessonneaux donne les sens qui suivent: 1° Tissu de lin ou de coton ; en général toile fine, fin tissu 2° Robe de lin, linceul, serviette, étamine 3° Etendard, enseigne.

2) Selon Jean

Le corps de Jésus est " lié par des LINGES" (en grec othonia) Petit linge fin ; vêtement, voile en linge fin ; toile à voiles, voiles ; bandage".

Les dimensions des Othonia sont donc fort inégales – mais la finesse de tissu les rend aptes à beaucoup d’usages différents. Seul le contexte permet de choisir une traduction correcte.

Difficulté particulière: les traducteurs ont choisi des mots français extrêmement différents: • "bandelettes" ( 3 traductions) - "bandes de tissu" (3) "bandes de lin" (1)-" linges" (2)- "linges funéraires"(1)

Quant au verbe grec (edêsan) précisant l'emploi des othonia, en voici les traductions "lièrent le corps"(2) ou "l'enveloppèrent" (7) ou "l'entourèrent"(1) Jean emploie ce verbe pour caractériser les liens qui attachent les pieds et les mains de Lazare ainsi que son visage (lié tout autour par un soudarion). Et Jésus va ordonner de le "délier". Jean emploie aussi ce mot au sujet de Jésus arrêté par les gardes qui le "lient" et le livrent ainsi au Grand Prêtre Anne.

Matthieu emploie deux fois ce verbe en relation avec Simon Pierre et avec les disciples dans l'expression typique "lier-délier".

Les LINGES dans le tombeau

au matin du dimanche

1) Selon Matthiieu, Marc, Luc: unanimité dans le silence. Ils n'en parlent pas (seul Luc 24.12 fait une allusion aux "othonia" vus par Pierre(silence sur un autre disciple). Leurs récits soulignent surtout que le tombeau est ouvert, la pierre est roulée et ne ferme plus l'entrée. A l'intérieur il y a (un/ deux) ange qui transmettent le message de la résurrection: celui que vous cherchez n'est plus dans ce lieu des morts, il est vivant, il vous attend, vous le verrez.

2) Selon JEAN . Description détaillée des linges observés par Pierre et l'autre disciple:

- othonia : traduits par bandes, bandelettes, linges, (et même linceul) (tout comme en Jn 19.40 pour l'ensevelissement)

Objection contre la traduction par les mots "bandes et bandelettes": Jean 11.44 emploie un mot différent pour désigner les "bandes" ou "bandelettes" qui liaient très précisément "les mains et les pieds " de Lazare. C'est le mot "keiriai" que les dictionnaires traduisent par "bandes". Si Jean avait voulu parler de "bandelettes" il aurait choisi keiriai .

othonia keimena : traduit par "gisant là", "posés là", ou "à terre" (6 traducteurs)

soudarion traduit par" suaire" (3 fois) ou par "linge" (8 fois). Ce linge toujours mis en relation avec la tête ou le visage sur lequel il était posé ou enroulé (et dans le cas de Lazare et dans le tombeau de Jésus).

- ce "soudarion" est et demeure "enroulé","en forme de rond": toutes traductions reprenant le grec entetuligmenon.

- Ultime problème: ce "soudarion" n'est pas avec les (bandes, ou linges, ou linceul) mais à part "eis ena topon" dit le grec. Ce qui amène toutes sortes de traductions . Selon le mot à mot on devrait traduire "vers un lieu", ce qui ne signifie pas grand'chose.

D'où les traductions interprétatives: "dans un lieu","dans un lieu différent", dans le " premier lieu", et même la bizarre "Nouvelle traduction Bayard "jeté à part dans un coin". Tel ou tel spécialiste du grec propose de lire "eis ena (a)topon" (le second a n'étant pas écrit afin de tenir compte de la prononciation difficile qu'il imposerait). Qu'est-ce qu'un "atopon" ? Selon les dictionnaires: "déplacé, inconvenant, absurde", ou "inusité, étrange, incroyable", ou "mauvais, funeste, fâcheux". Jean aurait donc voulu dire que le "suaire était enroulé , à part, dans un lieu inusité"...

Nos problèmes viennent donc de la richesse du vocabulaire choisi par Jean, et pour Lazare, et pour les linges observés dans le tombeau ouvert au matin de la résurrection.Nous savons tous que cet évangéliste choisit souvent ses mots ou tournures verbales pour évoquer deux niveaux: ce qu'on voit - et ce à quoi on est invité à penser en voyant avec ses yeux. Le niveau du VOIR et le niveau du CROIRE. La mort comme perte de liberté et la résurrection comme libération.

 

JE PROPOSE donc personnellement

de choisir un sens plausible parmi les sens possibles des mots grec utilisés par Jean.

-"othonia" (selon dictionnaire) peut désigner " Petit linge fin ; vêtement, voile en linge fin ; toile à voiles, voiles ; bandage." Donc, dimensions fort inégales – mais finesse de tissu apte à beaucoup d’usages différents.

Puisque Jean met ce mot en rapport avec le CORPS de Jésus, je choisis une traduction évoquant un tissu assez grand mais de qualité. Donc, drap, drap de lin et pourquoi pas "linceul" ( mot choisi par Matthieu, Marc et Luc)

Puisque Jean emploie ce mot au pluriel (les linges) je ne verrais pas d'objection à penser que Jean veut désigner tout à la fois un grand drap enveloppant le corps de Jésus et une ou deux bandes (découpées en bordure du drap) pour "lier les mains et les pieds".

- keimena signifie ,"être posé", "gisant", ou "vide" ou "affaissé" (par exemple un vêtement posé sur un lit et non pas porté par une personne). Je choisis "affaissé" comme plus signifiant que "posé par terre". Affaissé évoque l'absence du corps de Jésus.

- soudarion, un linge de dimensions modestes, comme une serviette, mais capable d'entourer la tête ou de la recouvrir . Pourquoi pas "suaire" puisque c'est le premier premier sens du mot grec?

- eis ena topon: aucune traduction ne s'impose à moi grammaticalement.

VOICI donc la TRADUCTION que je propose:

1. Au soir du vendredi Joseph d'Arimathie achète un linceul neuf, y enveloppe le corps de Jésus qu'il dépose dans un tombeau neuf, taillé dans le roc, et où personne n'avait encore été couché.(synoptiques).

Joseph d'Arimathie (et Nicodème) prirent le corps de Jésus et l'enveloppèrent dans des linges suivant l'usage des Juifs d'ensevelir: ils déposèrent Jésus dans le lieu où il avait été crucifié car il y avait là un jardin, et, dans le jardin, un tombeau neuf dans lequel personne n'avait encore été déposé (version de Jean).

2. A l'aube du lendemain du sabbat de la Pâque (avertis par Marie la Magdaléenne) Pierre et l'autre disciple que Jésus aimait sortent et viennent au tombeau. Ils couraient ensemble et l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva au tombeau le premier. Se penchant, il voit les linges affaissés; cependant il n'entra pas. Arriva alors aussi Simon Pierre qui le suivait et il entra dans le tombeau, et il contemple les linges affaissés et le suaire qui était sur la tête de lui (Jésus) , non pas avec les linges affaissés, mais à part, ayant été enroulé vers un lieu inhabituel. Alors donc entra aussi l'autre disciple, celui qui était arrivé le premier au tombeau, et il vit et il crut. Ils ne comprenaient pas encore en effet l'Ecriture disant qu'il faut que Lui doit se lever des morts. Il s'éloignèrent donc à nouveau chez eux, les disciples.

Pour finir, quelques commentaires.

- Qu'est-ce qui incite l'autre disciple à "croire" ? Ce qu'il voit? A savoir des linges affaissés, vides du corps de Jésus, et un suaire toujours enroulé et non pas affaissé. Première réponse - Mais de quelle "foi" s'agit-il ? Est-ce de la foi de Thomas qui va dire à Jésus qu'il est "son Seigneur(Yahvé) et son Dieu" après avoir vu les traces de la passion? Ce qui fera dire à Jésus "Parce que tu m'as vu, tu as cru. Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu" (Jn 20.29) Thomas n'avait pas cru les "autres disciples" qui lui disaient avoir vu Jésus vivant. Il a déclaré sa foi après avoir vu Jésus et avoir été invité par Jésus à faire le lien entre le ressuscité et celui qui avait été crucifié.

- La question sur le contenu de la foi de "l'autre disciple" demeure. De même aussi le rapport entre ce que voient les yeux et ce que croit le coeur. Croire n'est pas seulement voir - Ce qu'on voit pose des questions. Croire engage la conscience, librement. Nul n'est obligé de croire - Beaucoup peuvent voir sans croire. Mais beaucoup peuvent s'engager dans la foi et voir des signes, des évocations, des invitations à croire qui confortent ce qu'ils croient.

- De telles questions me semblent évoquéee par Jean. Il ajoute qu'au matin de Pâques "ils" ne comprenaient pas encore l'Ecriture disant qu'il fallait que (Jésus) se lève des morts. Luc insiste beaucoup sur l'éclairage offert par le Ressuscité quand il fait comprendre le sens des Ecritures. Selon Jean, à l'aube de Pâques, malgré l'observation des linges demeurés dans le tombeau, "ils" s'éloignent à nouveau chez eux" (Jn 20.10). Il leur manque la lumière venant des Ecritures.

Aujourd'hui, qu'est-ce qui nous invite à nous engager dans la Foi au Christ ressuscité? Le témoignage des apôtres et des "autres disciples" ainsi que la méditation des Ecritures. Le regard attentif sur les traces du crucifié dans le Linceul de Turin peut conforter le croyant. Il peut aussi devenir une invitation à croire pour celui qui le contemple en relation avec " les Ecritures évangéliques" de la Passion et de la Résurrection. Les témoignages recueillis des visisiteurs qui se déplacent pour voir nos expositions du Linceul de Turin le disent. Le Linceul n'est pas une preuve de la Résurrection. Mais un Signe adapté à notre génération qui aime tellement voir. Notre génération qui ne dédaigne pas d'être invitée à croire. D'où notre conviction: donner à Voir pour mieux proposer de Croire.

Jean Charles Thomas, ancien évêque de Corse et de Versailles. Fondateur de l'association "'Montre-nous ton Visage".

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