Authenticité : une énigme, un mystère ?

Martin POCHON, ingénieur et jésuite, est actuellement directeur de l'AFEP, une école de Production de la Région Rhône-Alpes qui s'adresse à des jeunes en difficulté.

Il a publié un petit livre : "Adam et Eve, la mémoire d'un avenir", Supplément n¡ 413 de la revue"Vie Chrétienne", 42, rue de Grenelle 75007 Paris.

 

Le Suaire de Turin ne cesse de faire parler de lui : quand ce n'est pas une datation inattendue, c'est un incendie qui ravive les débats et les polémiques, et aujourd'hui c'est une ostension.

Les échanges contradictoires portent sur deux registres : celui de la science et celui de la théologie.

 

 

I. Le registre scientifique :

 

Des études nombreuses et variées :

Elles ont été réalisées dans des champs très diversifiés : histoire, médecine, physique nucléaire, optique, exégèse, palynologie... Les conclusions dans ces différents domaines ne convergent pas en l'état actuel des recherches. Dans trois domaines les conclusions sont particulièrement sûres et pourtant contradictoires :

 

1 - En physique et chimie tout d'abord :

Les études les plus poussées sur la nature des marques observables sur le tissu ont été faites en 1978, à l'occasion des ostensions, par une équipe de scientifiques du STRP (The Shroud of Turin Research Project) ayant apporté plus de 5 tonnes de matériel de mesure et d'analyse. Leurs observations ont été consignées dans la revue scientifique Analytica Chimica Acta. (L.A. SCHWALBE and R.N. ROGERS, "Physics and chemistry of the shroud of Turin", Analytica Chimica Acta, n¡ 135, Amsterdam, 1982.")

 

Elles constituent la base de toute réflexion scientifique sérieuse, au même titre que la mesure du taux de carbone 14. Leurs conclusions sont d'autant plus précieuses que les études scientifiques menées directement sur le linceul sont rares. Leur synthèse est claire sur la nature de ce qui compose l'image :

les zones les plus foncées proviennent d'une altération superficielle des fibres de lin du tissu (oxydation acide et déshydratante sur 10 à 45 microns).

Les fils du dessus protègent totalement et nettement ceux du dessous dans les parties où ils se chevauchent, sous les taches de sang les fibres ne sont pas altérées.

Il n'y a pas de substance entre les fibres en dehors des zones correspondant à des écoulements ou à des épanchements physiologiques. Même si l'on débarrassait le tissu de ses poussières métalliques ou organiques, les marques couleur sépia, qui dessinent la silhouette et lui donnent son relief sur les négatifs, resteraient telles qu'on les voit aujourd'hui. Ces observations infirment les hypothèses imaginant une empreinte obtenue par pigmentation et par frottis soit sur un corps, soit sur un bas-relief .

Cett solution a été proposée par l'illusionniste Joé NICKELL, reprise par M. BLANC, "Le Suaire de Turin, une solution plausible", in La Recherche, n¡ 98, p. 298, par Henri BROCH, Le Paranormal, Paris, Seuil, 1989 et par Jean-Michel MALDAMÉ, "Que penser de...", n¡ 33, Namur 1997.

 

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2 - En médecine ensuite

L'apparition des négatifs photographiques du linceul en 1898 a rendu possibles les études anatomiques. Les conclusions des médecins, anatomistes et physiologistes, ne laissent aucun doute : ce drap a été marqué par un corps ayant subi les sévices d'une crucifixion. Tous les détails y sont, y compris ceux que l'on ne soupçonnait pas au Moyen-âge (cf. Yves DELAGE, Revue Scientifique, n¡ 17, 1902; Dr BARBET, La Passion de Jésus-Christ selon le chirurgien, Médiaspaul, 11ème édition, Paris, 1993; Communication du Dr Pierre MERAT au 3ème congrès international du CIELT, Centre International d'Études sur le Linceul de Turin, Nice, 1997). Ce point est capital et ne peut être contourné. Il ne donne pas de réponse immédiate sur l'identité du supplicié.

Le dossier médical pose une question majeure restée sans réponse jusque là : comment la présence d'un corps humain peut-elle engendrer une altération des fibres de lin similaire à celle observée sur le Suaire de Turin, ou comment peut-on obtenir ce type d'altération superficielle (oxydation acide et déshydratante) en utilisant un cadavre ?

On n'a jamais pu obtenir pareille empreinte et pourtant les cadavres ne manquent pas. Ceux qui considèrent le linceul comme la relique d'une passion théâtrale moyenâgeuse (cf. Odile CÉLIER, Le signe du linceul, Cerf, Paris, 1992.) ou du martyre d'un chrétien par des musulmans sont fort embarrassés de ne pouvoir produire aucune empreinte de ce type...

Ces conclusions fragilisent considérablement le dossier historique dans sa partie moyenâgeuse, dossier essentiellement polémique sur le droit de procéder à des ostensions du linceul; elles rendent caduque l'attestation de l'évêque de Troyes, Henri de Poitiers, qui affirmait en 1356 que l'on connaissait l'artiste qui avait réalisé cette image.

La correspondance exacte entre toutes les marques du linceul et tous les sévices de la Passion rapportés par les Évangiles conduisent à penser que le linceul est bien celui du Christ ou de quelqu'un ayant subi des tortures selon le descriptif des Évangiles. Mais...

 

3 - Une analyse de la teneur en carbone 14,

a donné, en 1988, un résultat global correspondant à la teneur en carbone 14 des végétaux datant du XIVème siècle (cf les résultats publiés dans la revue Nature, vol. 337, 16 février 1989). Cette dernière donnée, au moins dans une première approche, est contradictoire avec la précédente. Elle corrobore la période d'apparition du linceul en Occident. Compte tenu de la fiabilité éprouvée des mesures effectuées avec ce procédé, cette donnée est certes à affiner et à vérifier sur d'autres parties du linceul (car l'on observe déjà une dispersion notable entre les différents échantillons), mais elle ne peut être contournée.

 

D'autres éléments ont une valeur discriminative intéressante quant à l'authenticité de la relique, mais donnent lieu à des conclusions moins immédiates :

- A la fin du XIXème siècle, avec l'arrivée de la photographie, l'empreinte s'est révélée être le négatif absolument parfait d'un corps dont le visage est d'une beauté exceptionnelle. Il faut donc faire un négatif photographique pour retrouver l'image d'un corps en positif tel que nous sommes habitués à en voir.

Jusqu'à l'apparition de la photographie, seules les traces de sang étaient directement compréhensibles. L'image ne révèle son réalisme anatomique et sa qualité esthétique que sur les négatifs photographiques, à tel point que les médias ne présentent que ceux-là et beaucoup oublient que l'image qui leur est familière en est un.

L'original, lui, est très décevant : les traces sont à peine visibles et l'allure esthétique du visage est particulièrement étrange, la bouche manque de finesse et para”t rectangulaire.

On retrouve d'ailleurs ces caractéristiques de la bouche ainsi que bien d'autres particularités du visage sur deux oeuvres des VIème et VIIème siècles, sur un vase d'Homs (musée du Louvre) et sur un sou d'or de l'empereur Justinien II (685-695) frappé à l'effigie du Christ.

Pour les études numismatiques, voir les recherches de Jean-Marie CLERQ, " Le Linceul et les monnaies byzantines", Actes du Symposium Scientifique International de Rome de 1993, F-X de Guilbert, Paris 1995. Les tenants du faux présentent toujours le négatif photographique, car le linceul, tel qu'on peut le voir à l' oeil nu, ne plaide pas en leur faveur.

Il n'est conforme ni aux critères esthétiques du Moyen-Âge, ni aux nôtres.

Comment dès lors imaginer un artiste du Moyen-Âge qui enfreindrait les canons de son époque pour satisfaire à une règle d'inversion des teintes qu'il ne pouvait ni conna”tre ni imaginer ?

La comparaison avec les autres suaires connus est frappante : ils cherchent tous à présenter aux dévots de quoi satisfaire leur attente. Le Suaire de Turin ne le fait pas. Et l'on ne voit pas comment un faussaire du Moyen-Âge ou de toute autre époque antérieure à l'apparition de la photographie, aurait réussi une image parfaite en négatif du recto et du verso d'un corps sans contrôler l'effet obtenu par un procédé photographique.

 

- L'observation de l'empreinte a montré que le supplicié avait été fouetté avec des fouets à deux ou trois lanières terminées par de petites masselottes métalliques en forme d'haltères ou par des osselets. Or on ne conna”t pas de fouet de ce type datant du Moyen-Âge

. Par contre cela correspond très exactement au flagrum, fouet spécifiquement romain.

- On remarque que l'homme du linceul a été suspendu par des clous enfoncés dans les poignets, alors qu'au Moyen-Âge toutes les représentations occidentales sans aucune exception mettent les clous dans les paumes de mains. Comment au Moyen-âge aurait-on eu l'idée de mettre les clous dans les poignets ? Par contre l'archéologie de la période romaine atteste qu'on suspendait fréquemment les suppliciés de cette manière à cette époque.

Odile Célier et d'autres font remarquer que les Romains crucifiaient de différentes manières et que, lorsqu'ils mettaient des clous, ils ne les mettaient pas toujours dans les poignets. C'est exact mais la question n'est pas là. La question est de savoir comment en 1350, on aurait eu l'idée de mettre des clous dans les poignets. C'est la question de la contraposée dans les implications logiques.

- De nombreux textes évoquent le linceul du Christ avant le XIVème siècle; ils sont de différents types : légendes, récits historiques, témoignages de croisés, lettre de Théodore Ange Comnène, frère de Michel Ier, despote d'Epire en 1205, réclamant au Pape Innocent III le linceul volé par les croisés lors du sac de Constantinople, etc.

Mais ce n'est que depuis le XIVème que l'on suit sa trace sans discontinuité.

Depuis son ostension en France, à Lirey vers 1356, il est l'objet de polémiques : certains, comme l'évêque de Troyes Pierre d'Arcis, affirment conna”tre l'artiste qui l'a réalisé, alors que les autres, soutiennent, en reprenant la description traditionnelle, qu'il n'est pas fait de mains d'homme. Rappelons qu'aucune main n'a su le reproduire jusqu'à ce jour.

- Sur des prélèvements effectués avec un ruban adhésif en 1973 par le criminologue suisse Max Frei, et en 1978, on a observé de très nombreux pollens dont quelques uns semblent provenir de plantes spécifiques du Proche-Orient (famille des Zyglophylacées et Bassia muricata). Certains (Odile Célier, G. Riggi) disent qu'ils ont pu être amenés par le vent; il faudrait comparer avec des tissus du Moyen-âge n'ayant jamais quitté l'Occident. On a relevé également des traces d'oxydes métalliques, ainsi que des substances organiques intervenant dans la fabrication de colorants (W. Mc CRONE et C. SKIRIUS, "Light microscopical study of the Turin Shroud", I, Microscope, 28, 1980) , ce qui a été interprété par certains comme la trace d'une peinture, mais nous savons que ces poussières ne composent pas l'empreinte.

 

- Des analyses numériques de l'image ont été faites : elles ont montré qu'elle était isotrope, c'est-à-dire qu'elle ne privilégiait aucune direction,. Alors que si elle avait été faite par un artiste elle ne le serait pas. Le traitement de l'image par informatique a montré qu'elle pouvait être analysée comme une image tridimensionnelle (expérience de J. Jackson et E. Jumper faite avec un analyseur d'image VP8). L'intensité de l'altération des fibres du tissu est fonction de la distance au corps du supplicié.

 

- D'autres analyses informatiques de l'image ont été effectuées à l'Institut d'Optique d'Orsay plus récemment (A. MARION ET A.L. COURAGE, Nouvelles découvertes sur le Suaire de Turin, Albin Michel, 1997). Elles ont révélé, grâce aux méthodes utilisées pour analyser les palimpsestes, que le linceul recelait autour de l'empreinte du visage, des traces de mots grecs qui avaient dû être écrits au dos du linceul. Notons à ce propos que les chercheurs de n'ont pas fait un programme pour reconna”tre des formes et des carcactères rentrés préalablement en machine, mais qu'ils se sont contenté d'augmenter les contrastes, et d'enlever de l'image tout ce qui correspondait à la trame du tissu, leurs analyses numériques n'ont donc rien à voir avec un test du Rorschach.

 

 

 

Des questions techniques soulevées :

Au bout du compte ces différentes pistes de recherche conduisent à une conclusion forte : ce drap a été marqué par le cadavre d'un crucifié. Mais elles soulèvent de nombreuses questions auxquelles nul ne sait répondre complètement aujourd'hui.

Si les enquêtes médicales conduisent à un supplicié, nul n'a jamais obtenu ce type d'empreinte avec un cadavre (oxydation acide et déshydratante des fibres de lin, non déformation de l'image, isotropie... etc) et pourtant les sujets d'expérimentation ne manquent pas. En tout cas, les études anatomiques démentent les documents du XIVème parlant d'un artiste ou d'un artisan.

Certaines recherches conduisent à dater le linceul du Moyen-âge (certains documents historiques, la trace ininterrompue qu'il laisse depuis cette époque, la datation issue de la mesure du carbone 14), mais la culture dont témoigne cette empreinte n'est pas celle du Moyen-âge ( la place des clous, le type de fouet, des mots grecs, une esthétique aberrante..).

 

 

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Des questions épistémologiques :

 

 

Face à ces éléments qui paraissent contradictoires, certains choisissent de donner la préférence à telle donnée plutôt qu'à telle autre.

Certains, comme Odile Célier ou comme Jacques Évin (cf MNTV, n¡ 3, mars 1990; Le Monde, 16 avril 1998 et diverses déclarations au cours d'émissions télévisuelles en 1998), privilégient la mesure du taux de carbone 14 et font correspondre celle-ci à une date précise.

Ils négligent la dispersion des résultats et excluent a priori l'éventualité d'un phénomène ayant pu avoir une incidence sur le taux de C14 du tissu.

 

D'autres, comme A.A. Upinsky( L'énigme du Linceul, la prophétie de l'an 2000, Fayard, 1998), privilégient les traces d'une culture romaine et d'un supplice en tout point conforme au récit évangélique; ils montrent aussi que l'hypothèse d'un faux du Moyen-âge ne tient pas; mais ils disqualifient un peu vite la valeur des mesures en C14, même si l'on peut faire beaucoup de reproches méthodologiques à l'article paru dans Nature, quant au traitement des données issues des mesures faites dans les différents laboratoires. Leur façon de trancher les difficultés est certes raisonnable si l'on est contraint de choisir, et la méthode des systèmes experts qu'ils utilisent s'est révélée très performante dans l'action, mais cette façon de faire ne peut satisfaire complètement un chercheur.

Dans le champ de la recherche scientifique, une explication ou un modèle conceptuel n'est satisfaisant que s'il rend compte de la totalité du champ observé et des données confirmées. Si une observation est contradictoire avec les autres, elle n'est pas éliminée, elle est soumise à un examen particulier afin d'évaluer sa valeur et la manière dont elle remet en question le modèle initial (l'histoire de la relativité et des miroirs de Michelson en est un bon exemple).

Autrement dit, face au Suaire de Turin, une attitude scientifique est celle qui vérifie chacune des observations et qui cherche à rendre compte de toutes. Une attitude scientifique ne peut se satisfaire d'une hypothèse qui ne rend pas compte de l'ensemble. Toute hypothèse doit être mise à l'épreuve par le raisonnement et l'expérimentation.

 

Actuellement il importe de chercher une hypothèse qui rende compte

- des traces de culture romaine observées sur l'empreinte,

- de la teneur en carbone 14 enregistrée en un endroit précis du tissu,

- de la nature de l'empreinte (oxydation acide et déshydratante des fibres de lin),

- de la manière dont un cadavre peut laisser ce type d'empreinte.

 

Tant qu'une telle hypothèse n'est pas fournie on ne peut fermer le dossier scientifique du Suaire de Turin, même si les analyses d'A.A.Upinsky permettent de faire un choix raisonnable en attendant qu'une telle explication soit trouvée.

 

Le Suaire de Turin n'est pas à proprement parler une épreuve pour la science, c'est un défi, une épreuve pour l'intelligence humaine, comme beaucoup de phénomènes de la nature. Que ce morceau de tissu soit unique en son genre ne l'exclut pas pour autant du champ scientifique (le "big bang", qui est un phénomène singulier, fait partie du champ scientifique; une singularité peut très bien relever des lois universelles).

Par définition tout ce qui existe dans la nature entre dans le champ des sciences de la nature. Compte tenu de la singularité qui est la sienne jusqu'à ce jour, l'expérimentation doit simplement respecter des règles de prudence et de sauvegarde car on peut souhaiter ne pas le détruire. Il n'y a pas à parler de miracle dans ce domaine. Tout phénomène survenant dans la nature relève de la physique, qu'il soit appelé miracle ou non par certains.

 

Que certains choisissent des hypothèses en conformité avec leur imaginaire religieux ou, plus largement, culturel, n'a rien de choquant, il ne peut en être autrement.

Tout au long de l'histoire des sciences, les chercheurs ont toujours puisé dans leur imaginaire culturel pour privilégier tel ou tel type d'hypothèse, ou tel ou tel registre d'expérimentation; les exemples d'hypothèses géniales étayées initialement sur un imaginaire farfelu ne manquent pas : dans ce domaine, Kepler est resté célèbre.

 

Ce qui importe en science, c'est le mode de vérification ou de réfutation des hypothèses. En l'occurrence, que certains, pour rendre compte des marques du Suaire de Turin, se risquent dans tel ou tel registre d'hypothèses plutôt que dans tel autre en raison de leur imaginaire religieux et de leur croyance en la résurrection n'a rien de choquant sur le plan épistémologique, ce qui importe, c'est qu'ils mettent ensuite leurs hypothèses à l'épreuve.

 

Si une hypothèse est capable de rendre compte de l'ensemble des phénomènes observés, elle doit être prise au sérieux, même si elle soulève d'autres questions. Là encore, ce processus est récurrent en science, à tel point que le biologiste Jean Rostand disait que la science était un couloir à deux portes dont on ouvrait une porte pour tomber sur un couloir à deux portes et ainsi de suite.

 

Si, pour rendre compte des différents points en suspens dans la compréhension du linceul, quelqu'un, comme J.B. Rinaudo (cf. Actes du Symposium Scientifique International de Rome, pp. 293-299) émet l'hypothèse que l'image a pu être formée par désintégration des atomes de deutérium d'une partie du corps humain, et montre que cette désintégration permettrait de rendre compte de la nature de l'empreinte et entra”nerait automatiquement une modification de la teneur en C 14, sa démarche est légitime sur le plan scientifique dans la mesure où elle rend compte de certaines contradictions apparentes.

Que cette hypothèse soulève une nouvelle question, qui est de savoir pourquoi il y a eu fission du deutérium, est normal : en répondant à un premier registre de questions, elle ouvre un nouveau champ d'investigation; ce dernier fait intervenir les particules virtuelles (imaginées précisément pour rendre compte de certains cas de fission des atomes), particules qui soulèvent d'autres questions.

 

Il n'appartient pas à la science de dire a priori que ce champ ne relève pas de sa compétence, elle peut simplement dire que, pour l'heure, elle ne sait pas rendre compte de ce phénomène.

Quand Kepler a émis l'hypothèse d'une attraction à distance entre les corps célestes, Galilée s'est esclaffé en disant que c'était là des hypothèses d'occultistes, il est vrai que, pour s'expliquer, Kepler comparait le soleil à Dieu le Père, la terre au Fils et l'attraction au Saint-Esprit... !

Il reste que c'était une hypothèse géniale qui, pour la première fois dans l'histoire, rendait compte du mouvement des marées de manière pertinente, bien mieux que ne le faisait Galilée qui émettait une hypothèse non seulement en contradiction avec l'observation mais encore avec les principes d'inertie qu'il avait lui-même développés.

Que cette hypothèse ait ouvert la question de la cause de cette attraction à distance n'a en rien invalidé l'hypothèse de l'attraction à distance. D'ailleurs avec Newton cette hypothèse fut affinée, vérifiée et universalisée, mais elle ne supprima pas la question de sa cause ou de sa nature.

 

Conclusion :

En conclusion de ce premier registre de réflexion sur le suaire, il nous semble important de ne pas escamoter les difficultés qui restent à surmonter et de ne pas mépriser les hypothèses qui, tout en prenant en compte les observations les plus sérieuses et les plus fines, puisent aussi dans une culture religieuse et dans un imaginaire particulier qui, d'ailleurs, sont ceux dans lesquels le linceul a toujours baigné. Que cette culture aide à imaginer des hypothèses n'a rien de choquant, l'important est de voir ensuite comment ces hypothèses peuvent être mises à l'épreuve.

 

 

II. Le registre théologique et spirituel :

 

 

Dans ce second registre, les articles parus dans les grands médias sont rares et quand ils existent ils sont souvent méprisants pour les tenants de l'authenticité (cf. par exemple, l'article du P. Jean-Michel MALDAMÉ op., "La prière ne s'arrête pas aux images", La Croix, 16 juillet 1996) .

Ces derniers sont généralement présentés comme des "traditionalistes" en quête de vérités toutes faites, des orants dont la prière s'arrête aux images pieuses, des gens qui ont une lecture peu évoluée de la Bible et qui ne comprennent pas qu'il y a des genres littéraires bien définis, des croyants qui ne misent pas sur ce que l'Esprit leur donne à voir et à croire dans la vérité de leur coeur et de leur intelligence, des chrétiens qui ne savent pas reconna”tre le visage du Christ dans les pauvres qu'ils rencontrent, ou encore des catholiques qui continuent à douter de la science et qui risqueraient, si on les laissait faire, de déclencher une nouvelle affaire Galilée... Rions-en !

 

Heureusement tous les propos ne sont pas du même acabit, ainsi l'article de Régis Debray paru dans Télérama en 1994 (Télérama, n¡ 2333. Cet article est un extrait de son livre L' oeil naïf) . Il concluait, en créditant la date moyenâgeuse annoncée après la mesure du taux de carbone 14, qu'une fois de plus l'homme était renvoyé à sa liberté dans l'acte de croire : Le doute sur l'existence de Dieu et notre vraie nature ne sera jamais levé par une solution chimique.

 

Inversement certains auraient tendance à faire du linceul une "preuve" de la résurrection et ils admettent difficilement que leurs interlocuteurs puissent être de bonne foi lorsque ces derniers connaissent le Saint Suaire mais ne croient pas en Jésus, Christ et Seigneur. Comment se situer dans un champ de réflexions aussi passionné que passionnant ?

 

Dans les propos qui suivent nous nous placerons dans la perspective de l'authenticité du Suaire de Turin et nous voudrions montrer que, dans cette perspective, le linceul peut être compris comme un signe, avec tout ce que cela comporte. Par là même il désignerait précisément mais ne prouverait pas.

 

 

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A. Le tombeau vide et le linceul

 

 

Essayons tout d'abord de définir une problématique en nous appuyant sur autre chose que le linceul. Considérons ce que nous rapportent les évangélistes à propos du tombeau vide. Les éléments très simples qu'ils mentionnent nous aideront à définir une approche théologique du linceul du Christ.

 

 

a. Le tombeau vide

Un événement physique initial :

Les Évangiles parlent tous d'un événement physique : les femmes qui vont au tombeau le matin de Pâques trouvent la pierre roulée et le tombeau vide. Puis c'est au tour de Pierre et Jean de faire la même observation et les gardes ont à rendre compte de cette vacuité.

 

Des interprétations divergentes :

D'emblée cet événement physique est l'objet d'interprétations diverses : l'une dit : On a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où on l'a mis (Jn 20,13), un autre considérant le vide du tombeau et les linges voit et croit (Jn 20,8), d'autres encore accusent les disciples de tromperie : Ses disciples sont venus pendant la nuit et l'ont dérobé tandis que nous dormions (Mt 28,13).

Le tombeau vide est donc un événement physique qui ne parle pas de lui-même. Il n'en va pas de même des apparitions du Christ ressuscité à ses disciples : celles-ci les conduisent à reconna”tre Jésus, même si au début ils doutent ou même refusent de croire en la résurrection. L'attitude de foi des disciples n'est pas première dans les apparitions (ce qui, d'ailleurs, écarte l'hypothèse d'une hallucination projective).

 

Un événement physique qui est le lieu d'un acte de foi :

S'il y a un lieu où la foi est en jeu sous le mode de l'épreuve, c'est bien face à l'événement physique du tombeau vide, et non dans les apparitions du ressuscité. Le tombeau vide contraint les témoins à trouver une interprétation, une compréhension de l'événement et à révéler ainsi ce qu'ils portent en eux. C'est pourquoi le tombeau vide n'est pas une preuve pour les témoins du Christ, c'est une épreuve de la foi, épreuve au sens où Propp la définit dans sa Morphologie du conte , c'est-à-dire un événement particulier qui amène le sujet à faire preuve de qualités (intelligence, force, discernement, don particulier, etc..) à la hauteur du défi proposé. C'est du moins le lieu d'un acte de foi. Ce qui explique la diversité des réactions et des interprétations.

 

Un événement physique qui peut devenir le signifiant d'un signe :

Cet événement physique ne devient la composante d'un signe que s'il est intégré dans une représentation ayant un sens. Ce n'est que dans la mesure ou cet événement est intégré dans un champ sémantique qu'il peut devenir signifiant. Et la valeur du signifiant dépend du contexte sémantique et du signifié auquel il va être associé.

 

Prenons une comparaison : supposons que trois morceaux de bois se trouvent sur le bord d'un chemin et qu'ils forment un triangle, il est possible de considérer cet événement physique comme une simple curiosité de la nature et il est possible d'en déterminer la probabilité de réalisation, mais si des enfants rencontrent ces bouts de bois alors qu'ils font un jeu de piste, ils vont considérer cela comme un signe, l'événement physique sera signifiant pour eux, on dira si l'on adopte le langage des linguistes qu'il constitue un "signifiant".

Ce qui est désigné est appelé le "signifié" par exemple : "cherchez un message". Mais imaginons qu'un ramasseur de champignons vienne à passer, il se dira peut-être qu'un autre amateur de champignons a voulu marquer un coin connu de lui seul.

 

Les récits des évangélistes témoignent de la diversité des interprétations possibles.

Certains, qui sont chargés de garder le tombeau, réagissent en gardiens, selon des hypothèses conformes à l'imaginaire de tout gardien : ils disent qu'on a trompé leur vigilance et que les disciples ont dérobé le corps.

 

D'autres voient le tombeau vide et les linges retombés et ils croient en la résurrection, se souvenant des annonces que le Christ leur avait faites et qu'ils n'avaient pas comprises dans un premier temps.

 

Ces divergences sont compréhensibles car le signifié n'est pas du registre du signifiant. Un même signifiant peut renvoyer à des signifiés divers selon les systèmes linguistiques ou culturels ou, plus simplement, selon l'imaginaire des personnes. L'intelligence de l'homme fonctionne toujours à l'intérieur d'un cadre culturel ou d'une structure de l'imaginaire qui a ses limites et ses contraintes.

Le tombeau vide ne peut être compris comme un signe de la résurrection que dans la foi, c'est-à-dire si l'intelligence le relie à d'autres éléments de la vie du Christ, aux interrogations qu'elle suscite et à l'espérance qu'elle fait na”tre.

Le tombeau vide ne supprime pas la démarche de foi,

il ouvre le champ des possibles .

C'est la foi, c'est-à- dire l'adhésion à ce qui se révèle tout au long de la vie du Christ, qui permet de trouver une intelligence du tombeau vide, intelligence étoffée et confirmée par les apparitions.

 

Un signifiant qui ne prouve pas :

Ce qui peut para”tre une preuve au croyant n'en est pas une pour d'autres. Un signe est toujours une interpellation. Le propre d'un signe est de devoir être interprété.

Les témoins d'un signe sont toujours amenés à se situer par rapport au signifiant (ne serait-ce que pour affirmer qu'il n'a pas de sens ou qu'il n'a pas d'intérêt).

C'est pourquoi un signe n'est pas une preuve mais une épreuve, non seulement pour la foi mais aussi pour l'intelligence (n'est-il pas étonnant de voir le peuple réclamer un signe à Jésus immédiatement après la multiplication des pains (Jn 6,30), comme si la multiplication des pains n'en était pas un ?)

 

L'intelligence peut orienter les choix et inviter à la foi. Mais la foi et l'intelligence sont interdépendantes. L'intelligence ne peut être séparée de l'attitude de foi, elle ne peut être complète sans une adhésion, une soumission totale, une obéissance à ce qui se révèle dans l'événement, dans l'expérience, c'est-à-dire sans une attitude de foi. Avoir la foi, au sens biblique du terme, n'est-ce pas avoir des yeux pour voir et des oreilles pour entendre , une intelligence pour comprendre ?

Réciproquement la foi ne peut se développer sans intelligence : l'intelligence guide le regard, oriente l'adhésion et nourrit ainsi la démarche de foi. A contrario, la défiance n'engendre-t-elle pas progressivement l'inintelligence et l'incompréhension ?

 

Un signifiant qui peut désigner précisément :

L'intelligence que l'on peut avoir d'un phénomène dépend de l'attitude de foi, c'est-à-dire de la qualité d'adhésion à l'égard de ce qui se révèle dans l'événement.

Ceux qui veulent voir plus précisément, voient des éléments significatifs que d'autres ne voient pas ou ne prennent pas la peine de voir ou ne veulent pas voir. Ainsi Jean, qui se penche mais n'entre pas, voit les linges retombés (Jn 21,5), puis Pierre qui entre et voit les linges retombés et le suaire qui était sur la tête, non pas avec les linges retombés, mais roulé en son lieu propre. Ils voient des éléments significatifs.

Si l'évangéliste se donne la peine de nous rapporter cette scène en détails, en nous décrivant la position des linges à plusieurs reprises, d'abord tels que Jean les voit, puis tels que Pierre les a vus, c'est que cette disposition des linges (linceul et suaire) leur a paru révélatrice à tous les deux. D'ailleurs Jean conclut : L'autre disciple arrivé le premier au tombeau entra à son tour. Il vit et il crut .

Il vit quoi ? Ce qu'il vient de nous décrire avec attention, c'est-à-dire des linges disposés d'une manière qui mérite d'être rapportée.

Si la position des linges n'avait pas été significative, l'auteur n'aurait parlé que de l'absence du corps. Et si les linges avaient été roulés en tas, ou d'une quelconque manière manifestant l'agir de quelqu'un, la piste proposée par Marie de Magdala en aurait été confirmée : On a enlevé le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas ou on l'a mis (Jn 21,2). Cette remarque de cohérence oriente les choix inhérents à toute traduction. Précisons que Marie de Magdala, elle, ne pouvait sans doute pas voir la disposition des linges car lorsqu'elle s'est rendue au tombeau de grand matin il faisait encore sombre et sans doute plus encore dans le tombeau. Pour Pierre et Jean, les linges ont fait signe.

 

Un signifiant qui engendre la contradiction :

 

Les actes de Jésus sont des signes et c'est sans doute pour cela qu'ils engendrent des réactions contradictoires. Les Évangiles sont la trace des réactions contradictoires suscitées. Et le Christ lui-même s'est présenté comme signe de contradiction. Et il n'a pas hésité à l'être en posant des actes, en accomplissant la prophétie d'Isaïe : Les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres.

 

Lorsque l'aveugle-né est guéri physiquement, certains ne s'intéressent pas à sa guérison comme telle. Ils cherchent à situer ce signifiant dans leur système de représentation de la loi, sans laisser retentir l'événement physique dans ses différentes dimensions; à partir de là ils reprochent au Christ d'avoir guéri cet homme un jour de sabbat...

L'aveugle, lui, partant de sa guérison et prenant la vie comme critère de vérité, demande au Christ qui il est. Il confesse ensuite qu'il est le Messie.

 

Dans les Évangiles, le signifiant du signe est toujours essentiel car il est centré sur la vie de l'homme. Car la vie est la lumière des hommes depuis le commencement (Jn 1,4)! C'est pourquoi il est dangereux d'escamoter la dimension physique du signe.

 

Un signifiant incontournable :

 

Dans cette ligne, il faut souligner, ce qui para”tra trivial à beaucoup, qu'un signe suppose toujours un signifiant et un signifié. Un signe est précisément ce qui articule l'un à l'autre. Il n'y a pas de signe sans signifiant.

Un récit de guérison n'est pas signe en lui-même, il ne peut faire signe s'il n'y a pas d'abord une guérison du malade. Il est vain de parler de la valeur des signes évangéliques si l'on ne croit pas à la réalité des signifiants qui composent ces signes.

Rappeler cela pourrait para”tre une lapalissade, mais aujourd'hui il n'est pas rare de trouver des théologiens qui accordent de l'importance à l'évangile, mais qui accordent peu d'importance à la réalité concrète des signifiants, aux guérisons par exemple.

Le danger est qu'ils en viennent à raisonner à la manière des pharisiens, c'est-à-dire qu'ils en viennent à prendre comme critère de vérité la cohérence de leurs systèmes théologiques et non la vie concrète des hommes.

 

Or nous croyons, grâce aux signes, que le propre du Christ était d'unir le "ciel" et la "terre", d'accomplir une communication parfaite entre le "ciel" et la "terre", en sorte que les disciples ont vu les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l'Homme (Jn 1,51). En Christ, ce qui est espéré dans le c ur de l'homme advient concrètement en son corps, ou pour le dire autrement : les cieux sont ouverts.

Le signe, au sens évangélique, est précisément ce qui unit l'espérance de salut et sa réalité concrète. C'est parce que le Christ unit le "ciel" et la "terre" qu'il est reconnu par les chrétiens comme Celui que l'on attendait et qui devait accomplir l'attente du peuple, c'est-à-dire le Messie. Cette unité ou cette communication qu'il réalise entre le ciel et la terre est ce qui le distingue des scribes et des pharisiens.

La liberté de l'homme réside dans la réponse qu'il donne à cet agir de Dieu, et cet agir de Dieu est un agir concret en Jésus-Christ. Nous croyons que des événements physiques peuvent conforter la foi, susciter l'adhésion et ouvrir le champ de l'intelligence, mais nous pensons qu'ils ne contraignent pas l'intelligence.

Quand les événements sont singuliers, il est facile à l'homme de les marginaliser. Il a alors une moins bonne intelligence du réel puisqu'il refuse d'intégrer certains événements. C'est la raison de l'irritation du Christ à l'égard de ses disciples après la multiplication des pains : Vous avez des yeux et vous ne voyez pas, des oreilles et vous n'entendez pas (Mc 8,18)... Ne comprenez-vous pas encore ? (Mc 8, 21).

 

b. Le Linceul du Christ comme signe

Le suaire de Turin n'a pas de sens en lui-même :

 

Le Suaire de Turin, s'il s'avérait qu'il puisse être le linceul du Christ, est un signifiant au même titre que le tombeau vide. En lui-même il n'a pas de sens. Certains diront qu'il s'est passé un phénomène dont on ne conna”t pas l'explication pour l'instant.

D'autres diront, dans un acte de foi, que cet événement physique peut être lu comme le signe de la résurrection car ils relieront cela aux apparitions ou aux autres signes concernant la vie de Jésus.

D'autres encore chercheront une explication, comme celle des gardes autrefois, ils penseront qu'il y a eu tromperie, ils diront que ses disciples ont fait un faux en frottant un drap sur une pierre enduite d'oxydes métalliques.

Le tombeau vide était un événement qui ne disait pas en lui-même comment le tombeau s'était vidé. De même, le linceul ne dit pas en lui-même comment il s'est vidé.

 

Le linceul ne supprime pas la liberté de l'acte de foi. Bien au contraire, c'est face au caractère concret de l'événement que l'homme va exercer sa liberté.

Bref, le linceul suscite naturellement aujourd'hui autant d'interprétations que le tombeau vide a pu en susciter à l'époque de Jésus le Nazaréen.

 

Le linceul désigne précisément mais sans contraindre.

 

Il est vrai qu'un examen scientifique attentif et scrupuleux oriente l'interprétation et élimine certaines pistes, celle d'un faux exécuté par un peintre, par exemple.

Il montre que l'empreinte résulte d'une altération partielle des fibres de lin du tissu. Il indique également que le drap a contenu le corps d'un homme supplicié.

Un événement physique singulier s'est donc produit, événement singulier puisque l'on ne conna”t pas d'autre corps ayant laissé ce type de traces. Dans cette optique il est légitime d'associer une signification singulière à cet événement singulier. La notion de résurrection répond bien à ce critère.

Mais l'idée de la résurrection, qui est infiniment plus riche que la notion de disparition, ne vient pas du linceul, elle nous est fournie par les récits évangéliques. S'ils n'étaient pas là, l'empreinte du linceul resterait un mystère. Ce sont les témoignages des disciples sur le Christ ressuscité qui nous donnent la clé du mystère et nous invitent à lire cette empreinte singulière comme la confirmation de leurs témoignages sur la résurrection.

L'empreinte seule ne prouve pas qu'il y ait eu résurrection. Même dans l'hypothèse ou elle proviendrait de la fission d'une partie du deutérium de la surface du corps, cela ne suffirait même pas à convaincre certains de la disparition du corps, ils pourraient encore penser que la périphérie du corps a été l'objet d'un phénomène particulier et que le corps a été retiré avant décomposition.

 

Un signe éclatant pour les croyants, une question pour les autres.

La nature de l'empreinte élimine donc un certain nombre d'hypothèses sans pour autant donner une réponse univoque.

D'autant que, pour l'heure, l'hypothèse scientifique qui lève la contradiction entre les données d'observation est une hypothèse qui n'est pas prête d'être vérifiée expérimentalement sur un corps car elle fait appel à un phénomène dont la probabilité d'existence est infime, semble-t-il.

Ceux qui ne souhaitent pas lire cette empreinte comme un signe de la résurrection peuvent donc rester en-deçà d'une compréhension du phénomène qui implique la résurrection. Ils peuvent honorablement en rester à l'interrogation.

Entre le doigt qui désigne et ce qui est désigné il y a toujours de l'espace... et pour reprendre et transformer la sentence de Régis Debray, nous dirons qu' une solution chimique ne suffira jamais à lever le doute de certains sur l'existence de Dieu .

Ce n'est que dans la mesure où nous voyons ce que désigne le doigt que le signe devient évident.

Le linceul est une confirmation éclatante des témoignages des apôtres et ce sont eux qui nous donnent la clé du mystère du linceul. Ce sont les écritures qui nous permettent de comprendre le Linceul.

Ce n'est que dans la mesure où nous vivons cette foi dans le Christ ressuscité que le linceul devient étonnamment significatif.

 

 

Première conclusion :

 

 

Le Suaire de Turin n'est donc pas une preuve de la résurrection, pas plus que le tombeau vide à l'époque de Jésus de Nazareth. Mais, dans la foi il peut être compris comme un signe analogue à ce que fut le tombeau vide pour les disciples.

Le linceul est pour nous aujourd'hui

ce que le tombeau vide était pour les disciples.

 

Dieu a tenu à faire constater aux disciples et aux femmes qui suivaient Jésus que le tombeau était vide. Dieu nous donne aujourd'hui encore, à travers le linceul, la chance de constater que son corps a été le lieu d'un événement singulier. Il nous met de plain-pied avec les Évangiles.

Le linceul nous fait signe comme il a fait signe à Pierre et Jean. Il nous rend proche des disciples le jour de Pâques. Il ne nous dispense pas, bien au contraire, de faire l'expérience de la rencontre du ressuscité sur les chemins de la Galilée.

Comme les disciples nous sommes envoyés sur les chemins du monde pour annoncer la Bonne Nouvelle de la Résurrection et reconna”tre le Christ souffrant en tout homme humilié, bafoué, torturé. Encore faut-il nous souvenir que le visage du Christ ressuscité n'est pas celui de sa vie terrestre, les disciples ne l'ont jamais reconnu aux traits de son visage...

 

 

Deuxième conclusion :

De ce fait il est légitime d'accorder de l'importance au Suaire de Turin.

 

Refuser d'entendre cet événement comme un signe méritant notre attention, c'est disqualifier l'importance que les évangélistes ont accordé à la découverte du tombeau vide.

Mais pas plus que les disciples n'ont idolâtré le tombeau vide, nous n'avons à idolâtrer le Suaire de Turin. Il est impossible de séparer le signifiant de son signifié et le signifiant n'a d'intérêt que par rapport au signifié auquel il renvoie...

Troisième conclusion :

Ce qui précède montre qu'il n'est pas besoin de recourir à la catégorie du miracle tel que le définissait le XIXème siècle, pour percevoir l'intérêt du linceul, et il est superflu de montrer que le miracle ne se définit pas comme ce qui est contraire aux lois de la nature...

 

Seconde partie de l'article