Nous publions dès à présent le texte de notre Vice Président dont la version complète ( avec l'ensemble des notes critiques) paraîtra dans le prochain numéro de notre revue "les Cahiers du Linceul de Turin", à la fin du mois de juin 2008. Son actualité nous semble le justifier.

 

Dans le bulletin de décembre 2007 , nous avons évoqué l’élimination définitive d’une des deux pierres angulaires des détracteurs du Linceul de Turin : le chanoine Ulysse Chevalier a triché dans son interprétation des bulles du Pape Clément VII, ce qui discrédite totalement l’affirmation du faussaire du XIV° s.

Deux autres évènements importants (largement commentés dans la presse italienne dès la fin janvier , mais dont la presse française n’a absolument rien dit ) sont intervenus au printemps 2008 :

1- une reproduction gigantesque du Linceul (plus de 12m de long) a été réalisée lors d’une ouverture particulière de la châsse étanche et blindée contenant le Linceul , pour permettre à la chaîne de télévision BBC de réaliser des prises de vue (cf. ci-dessous). Cette immense reproduction a été installée pendant le carême devant la cathédrale de Novare en Italie . Le coût élevé d’une telle reproduction ne paraît guère justifié par cette seule présentation, de relativement courte durée. Mais il devient justifié si, comme cela a été dit dans la presse italienne, le pape Benoît XVI a l’intention d’emmener cette immense toile aux JMJ de Sidney en août 2008 ; si une telle intention se concrétisait, ce serait un extraordinaire levier pour diffuser les connaissances actuelles sur cet objet mystérieux qui reste « provocation à l’intelligence » (JP. II). Il n’est pas inutile de rappeler ici que le cardinal Ratzinger s’intéressait au Linceul, car il a largement participé à l’élaboration du protocole de test de 1988 pour la datation au C 14.

A l’occasion de cette ouverture, et en plein accord avec le Saint Siège et le cardinal Poletto, custode du Saint Suaire, de nombreuses photos en très haute définition, suivies par caméra de télévision, ont été prises , qui devraient permettre aux chercheurs de disposer d’une précision jamais atteinte jusqu’ici : « c’est comme si on regardait le Linceul au microscope. Vous pouvez voir les fils, les fibres qui composent ces fils, et les dommages subis par le Linceul au cours des âges » ;

2- un retour en arrière du laboratoire d’Oxford sur la datation par le C14 effectuée en 1988 s’est amorcé (cf. ci-après). Au moment du vingtième anniversaire du test de 1988, la deuxième et dernière pierre angulaire des détracteurs du linceul pourrait-elle tomber à son tour ? C’est dans un excellent film sur le Linceul (ce qui n’est pas fréquent) que ce retour en arrière (encore prudent pour l’instant) s’est en quelque sorte officialisé. Il constitue, sinon une remise en cause, du moins un bon coup de canif dans la forteresse du « verdict sans appel » érigé alors et maintenu jusqu’à maintenant.

 

Le film de la BBC

Ce film, qui a pour titre « Le Linceul de Turin - Des témoignages sources de conflit » , a été produit par David Rolfe, qui avait déjà réalisé, en 1978, Le Témoin Silencieux », excellent film que beaucoup de nos lecteurs ont sans doute vu. Ce nouveau film rappelle, le plus objectivement possible, la plupart des éléments déjà bien connus, sur le plan du tissu (tissage, couture longitudinale ), sur le plan scientifique (négatif, tridimensionnalité, sang humain, absence de pigments,…), et sur le plan historique (rites d’ensevelissement, modes de flagellation et de crucifixion, manuscrit de Skylitzès, codex Pray, …). Il présente aussi les incertitudes et les interrogations qui demeurent, ainsi que les résultats des recherches les plus récentes [voir, dans ce même bulletin, l’article de M. Alonso].

En dehors du test au C14 (cf. ci-après), et même si tout ce que l’on aurait souhaité y voir n’a pas pu être pris en compte , on retiendra en particulier :

+ l’apport, désormais incontournable, du codex Pray qui permet aujourd’hui d’affirmer que le tissu profondément vénéré à Constantinople avant 1195 est bien le Linceul actuellement conservé à Turin ;

+ les recherches effectuées au Centre de Colorado Springs par John Jackson et son équipe , notamment pour expliquer, à l’aide d’une maquette en polystyrène de l’Homme du Linceul et d’un tissu de lin, tout ce qui est relatif aux taches de sang : J. Jackson montre, par exemple, comment le linge a pu être replié autour des pieds, car les taches de sang du dessus du pied correspondent à celles de l’arrière de la cheville (ce qui ne serait pas venu à l’idée d’un faussaire) ; il suppose également que le tissu a été relativement compressé autour du Visage, ce qui expliquerait les bandes verticales sans image ni taches de sang entre les cheveux et le Visage ; et il imagine que la longue bande latérale (de 7 cm de large), recousue plus tard, aurait pu servir pour attacher le Linceul autour du corps ;

+ la simulation de la manière supposée dont le linge « se dressait tous les vendredis à l’Eglise N. D. des Blachernes » , grâce à une pièce de bois fixée en travers du Linceul juste au-dessus du Visage, et à une autre pièce fixée au niveau du bassin ; il montre également la succession des autres plis transversaux régulièrement espacés, qui peuvent faire penser à un pliage du tissu autour d’une planche ; pour le public, le Christ apparaissait alors en buste allongé, comme on l’Homme des douleurs voit sur plusieurs icônes anciennes proches de nos « Ecce Homo » ; Jackson fait une corrélation entre cette éventuelle fixation et un groupe de plis que l’on voit sur le Linceul au niveau du bassin ;

+ les recherches poursuivies, notamment par Mark Guscin , sur la corrélation éventuelle entre les taches de sang visibles sur le Linceul et celles du suaire d’Oviedo , dont le sang serait du groupe AB .

 

« Nous sommes devant une telle mine de preuves, dit au total l’auteur du film, que, dans un autre cas, cela suffirait à conclure que le Linceul de Turin et celui de Constantinople n’en font qu’un », et à remonter beaucoup plus loin dans le temps, même jusqu’à l’époque du Christ.

Retour en arrière sur le test au C14

Bien avant la sortie du film de la BBC, la presse italienne a fait dire au nouveau directeur de l’Unité d’Accélération du laboratoire radiocarbone d’Oxford , le Docteur Christopher Bronk Ramsey , que « le laboratoire s’était trompé en 1988, la méthode n’étant pas adaptée à un tissu aussi contaminé que le Linceul ». Après avoir démenti vigoureusement de tels propos, et rappelé que les résultats de 1988 ont été plusieurs fois vérifiés, le Docteur Ramsey a néanmoins lancé un appel à la communauté scientifique pour réexaminer la question, en déclarant :

« Je suis toujours prêt à considérer toute suggestion sérieuse qui expliquerait pourquoi la datation pourrait ne pas être correcte et à pratiquer d'autres tests pour faire des recherches sur de telles suggestions. Dans ce sens, je garde un esprit ouvert, comme je le ferais pour n’importe quelle recherche scientifique. Toutefois, mon intuition profonde, basée sur mon expérience dans ce domaine, est que la nouvelle hypothèse ne remettra pas en cause l'exactitude de la première datation au carbone ».

En attendant qu’une version française du film de la BBC soit officiellement diffusée, nous pouvons (avec les réserves liées à nos interprétations des traductions) en indiquer les points-clés :

+ reconnaissant le « poids » des autres études, le Dr. Ramsey a déclaré : « Avec les mesures au radiocarbone et toutes les autres preuves que nous avons sur le Linceul, il semble y avoir un conflit dans les interprétations des différentes preuves. Et pour cette raison, je pense que tous ceux qui y ont travaillé, les spécialistes du carbone 14 et tous les autres experts, ont besoin d'avoir un regard critique sur les résultats des preuves auxquelles ils sont arrivés afin que nous essayons d'établir une histoire cohérente qui tienne la route et puisse nous dire la vérité sur l'histoire de ce tissu bien intriguant » ;

+ l’hypothèse avancée par J. Jackson concerne une nouvelle forme de « pollution ». [Plusieurs types de pollutions ont été déjà envisagées , sans permettre de combler les treize siècles d’écart supposés, d’où les doutes exprimés par certains chercheurs ]. Mais il s’agirait ici de la conjugaison de deux effets : le monoxyde de carbone (CO) présent dans l’atmosphère pourrait, dans certaines conditions de température, être davantage absorbé par les textiles (réduction de la cellulose) qu’on ne le pensait jusqu’ici ; ce qui entraînerait leur enrichissement en C14 , donc leur « rajeunissement » apparent. Jackson estime que, dans des conditions telles que la forte chaleur subie lors de l’incendie de Chambéry, une absorption de 2% de CO par le tissu serait possible, ce qui suffirait pour entraîner un écart de datation supérieur à 1000 ans, voire atteindre les 1300 ans recherchés . [Tandis que la chaleur seule n’entraîne pas d’écarts significatifs ] ;

+ l’équipe de Colorado Springs a commencé à préparer des échantillons de tissu de lin neufs et à les soumettre aux conditions thermiques particulières d’environnement du Linceul ;

+ considérant l’évolution technologique récente de la méthode de test au C 14, qui permettrait par ailleurs d’obtenir une datation à un an près, le Dr. Ramsey a donné son accord pour tester de tels échantillons ; dans un premier temps, des échantillons à forte concentration en CO, mais n’ayant pas subi de contraintes anormales d’environnement, ne montrent pas d’écart significatif de datation, comme on s’y attendait ;

+ il faudra donc attendre les résultats des échantillons préparés par J. Jackson (forte concentration en CO + forte chaleur). Mais le Dr. Ramsey reste intéressé par la poursuite de ces tests, pour le cas où cela permettrait de remettre en cause certaines datations obtenues sur d’autres tissus.

 

Pour l’instant, retenons le témoignage de David Rolfe sur la haute définition des photos : « Le Linceul a toujours amené des surprises, chaque fois qu’il a été soumis à une nouvelle forme de reproduction…C’était fascinant. Voir le Suaire jusque dans les moindres centimètres est une expérience unique. L’image est très visible. Ce n’est pas vrai du tout qu’elle se fane ».

 

 

Pierre de Riedmatten

vice-président de MNTV

 

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