SELON LES ÉCRITURES

Étude de Mgr Jean Charles THOMAS, parue dans la revue MNTV n°34 ( pages 13-27) - Juin 2006

Les Ecritures romancées avec 99% d’inventions surajoutées se taillent de beaux succès d’édition. Beaucoup de lecteurs sont piégés, faute de connaître le 1% auquel le romancier ou le commentateur se réfère. Ils attribuent aux Ecritures tout ce qu’ils lisent et certains se croient “bien informés” parce qu’ils ont lu le dernier livre ou vu le dernier film sur ces questions..

Concernant Judas, Ponce Pilate, “le disciple bien-aimé” ou Marie Madeleine, Pierre et les femmes de Galilée, la mort de Jésus, les linges de son ensevelissement et les observations accueillies par ses proches comme signes de sa résurrection, je vous invite à lire attentivement avec moi tout et uniquement ce qu’en disent les Evangiles. A vous de juger, ensuite, et non sans vérifier ce résumé en relisant personnellement les textes authentiques.

La relation de cette étude avec le Linceul de Turin en motive la publication sur notre site.

Retour au PLAN du site

 

SELON MATTHIEU

 

Judas négocie le prix qui le décide à désigner Jésus: “Que voulez-vous me donner et moi je vous le livrerai?”. Le montant est indiqué comme étant la réalisation d’un texte prophétique de Zacharie: 30 pièces: méthode typique de Matthieu qui cite (souvent librement) les Ecritures anciennes. (Mt 26.14-16)

Quand Jésus pendant le repas pascal annonce qu’il va être livré, Judas pose clairement la question: “Est-ce moi?” et Jésus répond :”Tu as dit” (26.25). Aucun autre texte ne donne cette précision.

Matthieu est aussi le seul à évoquer le retournement de Judas quand il apprend que les autorités juives viennent de condamner Jésus et de le livrer à l’autorité romaine, Pilate. Il dit: “J’ai péché, ayant livré un sang innocent”, il “jette les pièces dans le sancturaire, il se retire et va se pendre”. Les autorités juives utilisent la somme récupérée pour acheter un terrain destiné à la sépulture des étrangers décédés pendant un déplacement à Jérusalem.

Curieusement, Matthieu attribue au prophète Jérémie le passage du prophète Zacharie qu’il a déjà cité à propos des trente pièces (Za 11.12-13). Nous constatons que les citations ne sont pas utilisées par Matthieu comme des preuves mais comme des réflexions anciennes ayant du sens pour lui, Matthieu. Aussi juge-t-il intéressant de les signaler à son lecteur ( lire éventuellement Jérémie 32.6-25 parlant de l’achat d’un champ au moment où les habitants de Jérusalem pensent plus à fuir qu’à investir: contexte fort différent)..

 

Toujours est-il que Matthieu nous laisse avec une question: Judas a-t-il vraiment livré Jésus pour obtenir de l’argent? Ou pour une autre raison dont il aurait compris qu’elle était non fondée, d’où son aveu de s’être trompé sur Jésus (en hébreu, le péché est d’abord une erreur, une faute, un acte manqué n’atteignant pas le but fixé).

Voilà de quoi alimenter bien des réflexions sur les ultimes pensées de Judas concernant Jésus. Elles ne manqueront pas d’être posées au long des siècles, depuis certains textes apocryphes jusqu’à tel ou tel roman. La différence entre ces textes vient du rapport différent qu’ils prétendent entretenir avec le réel - soit seulement le Judas partiellement “inconnu” sur lequel on peut librement continuer à s’interroger.- soit le vrai Judas de l’histoire (tel apocryphe, récemment publié comme le dernier mot de l’histoire authentique renverserait par conséquent les présentations antérieures, taxées alors de mensongères!).

Matthieu nous dit que les autorités religieuses juives condamnèrent Jésus à mort pour blasphème. On lui cracha au visage, lui donna des coups de poing et des gifles avant de le livrer à Pilate, le romain.

Matthieu est le seul à parler de la femme de Pilate qui fait passer ce message pendant que son mari délibère:” Qu’il n’y ait rien entre toi et ce juste! Car j’ai beaucoup souffert aujourd’hui en songe à cause de lui!”

 

Pilate savait que c’était par jalousie qu’ils l’avaient livré”: d’où sa question: “Quel mal a-t-il donc fait?” Pas de réponse des chefs religieux qui se contentent de crier: “Qu’il soit crucifié! ”.

Matthieu est le seul à mentionner le geste de Pilate, “se laver les mains”, accompagné de la parole: “Je ne suis pas responsable de ce sang Vous-mêmes vous verrez!” Pour seule réponse la foule affirme:”Son sang , sur nous et sur nos enfants!” (Mt 27.19-25).

Matthieu le précise: c’est Pilate qui prend la décision de faire flageller Jésus. Les soldats romains flagellent donc Jésus “à la romaine” (pas de limite au nombre de coups, alors que les juifs ne dépassaient jamais 40 coups). Ils l’habillent de pourpre, posent une couronne d’épines sur sa tête, lui mettent un roseau dans la main droite, fléchissent les genoux devant lui en disant;”Salut, roi des juifs”. Ils crachent sur lui, le frappent à la tête puis lui remettent ses vêtements et l’emmènent pour être crucifié. (27.27 à 31)

Comme Marc et Luc, Matthieu mentionne “un homme de Cyrène” réquisitionné pour porter la croix de Jésus. Jean n’en dira rien.

Au moment de la crucifixion, Matthieu cite trois fois le psaume 22 ( Jésus en dit tout haut le début, en araméen:” “Eli, Eli, lama sabacthani”- “ils se partagent ses vêtements en les tirant au sort” -“Il s’est confié en Dieu, qu’il le délivre maintenant s’il l’aime”) et deux fois ce passage du psaume 69 (“ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel”).

Matthieu commente la mort de Jésus par deux signes: “le rideau du sanctuaire fut déchiré en deux du haut en bas” (Marc et Luc en parlent aussi) et celui-ci propre à Matthieu:”La terre fut ébranlée, les pierres se fendirent, et les tombeaux s’ouvrirent et beaucoup de corps de saints endormis ressuscitèrent. Et, sortis des tombeaux après sa résurrection, ils entrèrent dans la ville sainte et apparurent à beaucoup” (27.51-53).

Matthieu sera également le seul à évoquer les ébranlements de la création lors de la résurrection. D’où ce récit::”Il se fit un grand ébranlement. Car un ange du Seigneur descendu du ciel et s’étant approché roula la pierre et s’assit dessus. Or, son aspect était comme un éclair et son vêtement blanc comme neige. Or, de frayeur, les gardes furent ébranlés et devinrent comme morts” (28.2-4) Matthieu est en effet le seul à avoir rapporté la demande faite à Pilate par les chefs religieux du judaïsme d’organiser la garde du tombeau. Pilate leur en laisse totalement la charge. “Ils mirent le sépulcre en sûreté, scellant la pierre, avec la garde” (27-66) Garde juive.

Matthieu, écrivant toujours de façon concrète, montre donc l’ange ouvrant le tombeau sous les yeux de deux femmes, leur faisant entendre le message de ne plus chercher le crucifié dans le tombeau mais de croire qu’il est ressuscité des morts, et d’annoncer ce message aux disciples en les invitant à se rendre en Galilée pour le voir. Les deux femmes “courent avec crainte et grande joie porter la nouvelle aux disciples”. (28.1-8) “Et ils ne les croyaient pas” (v.11)

Matthieu ne dit rien sur les linges dans le tombeau ouvert alors qu’il a clairement mentionné que Joseph d’Arimathie, “lui aussi, disciple de Jésus”, ayant réclamé à Pilate le corps du crucifié , “l’enroula dans un linceul pur et le posa dans son tombeau neuf qu’il avait creusé dans le roc et, ayant roulé une grande pierre contre l’entrée du tombeau, s’en alla. Et il y avait là Marie la Magdelène et l’autre Marie, assises en face du sépulcre”; l’autre Marie étant “ la mère de Jacques et de Joseph”. Elles sont accompagnées d’une troisième femme au pied de la croix, “la mère des fils de Zébédée” (Jacques dit le Majeur et Jean, pêcheurs du lac de Galilée). Ces trois femmes sont nommées alors “qu’il y avait là beaucoup de regardant de loin, femmes qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir” (27. 55-56 et 27.61).

Matthieu est le seul à rapporter la thèse, soutenue par les autorités du Judaïsme, d’un complot fomenté par les disciples de Jéus l’imposteur d’enlever son corps pour faire croire “qu’il s’est réveillé d’entre les morts”. Pilate refuse d’utiliser ses soldats : cette garde relève de la responsabilité des autorités juives. qui verseront une belle somme d’argent aux gardes pour expliquer qu’ils dormaient pendant l’enlèvement.(Mt 27.62-66 et 28 11-15). Le même Matthieu, mettant en scène l’instant de la résurrection, n’oubliera pas de contrer ce faux témoignage en écrivant: “Les gardes tremblèrent de peur et devinrent comme morts” (28.4)

Les femmes rencontrent le ressuscité tandis qu’elles marchent vers les disciples. “Elles lui saisissent les pieds en se prosternant devant lui. Alors Jésus leur dit:”N’ayez pas peur; allez dire à mes frères de se rendre en Galilée: c’est là qu’ils me verront!”. (28.10)

Les Onze se rendirent donc “sur la montagne”, en Galilée, “se prosternèrent” devant Jésus, “ mais doutèrent ”. Jésus les envoie “dans toutes les nations”. Il affirme: “Moi, je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à l’achèvement de l’ère ”.(28.16-20)

 

SELON MARC

 

Après l’onction faite par une femme sur la tête de Jésus avec un “parfum de grand prix”, et les indignations de plusieurs disciples contre ce gaspillage, Marc écrit:”Et Judas Iscariote partit auprès des chefs des prêtres afin de le (Jésus) leur livrer? Or, ceux-ci, l’ayant entendu, se réjouirent et promirent de lui donner de l’argent.” (Mc 14.10-11)

Pendant le repas pascal, Marc met sur les lèvres de Jésus cette parole du psaume 41: “celui qui mange avec moi me livrera”. En réalité, le verset 10 comporte une nuance différente:”Même mon ami, celui qui avait ma confiance et qui mangeait mon pain lève le talon contre moi”. Tous posent la question:”Est-ce moi?”. Judas n’est pas explicitement nommé dans ce contexte.

Comme dans les autres évangiles, Jésus avertit personnellement Pierre de son triple reniement avant les deux prochains chants du coq (Mc 14.30, ) . Marc , comme Matthieu, rapporte que les disciples vont “trébucher” ( souvent retraduit par ‘être scandalisés’) et seront dispersés dès lors que le pasteur sera frappé, comme le prophétisait Zacharie 13.17.”Mais, une fois réveillé, je vous précèderai en Galilée”. (14.28)

Avec Matthieu et Luc, Marc parle du baiser par lequel Judas désigne Jésus: seul Jean remplacera le signe du baiser par un dialogue entre Jésus et la troupe guidée par Judas.

Détail exclusif chez Marc: un homme jeune suit la troupe qui emmène Jésus. Il a pour seul vêtement un “linceul” (le même mot que pour l’ensevelissement, autrement dit un tissu de dimensions suffisantes pour envelopper un homme). Plusieurs de la troupe “se saisissent de lui, mais celui-ci, lâchant le “linceul” s’enfuit nu”.(14.51-52).

Pierre, lui aussi, “suivait Jésus, de loin”, jusqu’ à l’intérieur de la cour du grand prêtre C’est là qu’il va jurer, par trois fois, ne pas connaître “cet humain” dont lui parlent d’abord une servante, à deux reprises, puis les hommes de garde. Dès que le coq eut chanté “deux fois” (précision de Marc) “Pierre se souvint de la parole de Jésus, et, se détournant, il pleurait”.(14.72)

 

Après le double interrogatoire, des autorités juives et du romain Pilate, ce dernier “livre” Jésus à ceux qui réclament sa mort. Invariablement revient ce verbe “livrer”; cependant Jésus ne subit pas, puisqu’il s’est lui-même “donné” lors du repas pascal, comme pain de communion et coupe d’alliance définitive.

Comme Matthieu et Jean, Marc décrit la scène de la flagellation et du couronnement d’épines par les romains. Luc, lui, n’en dira pas un mot.

Marc et Matthieu organisent de la même façon le récit des dernières heures de Jésus en croix. Toutefois, Marc ajoute que Jésus fut mis en croix dès la troisième heure (9 heures du matin), qu’il y eut des ténèbres à la sixième heure (midi) et que Jésus meurt vers la 9ème heure (15 heures)(15,25;33;34) Il complète l’ironie des chefs des prêtres demandant à Jésus de descendre de la croix pour qu’ils puissent “voir” et croire.(Selon Jean, l’apôtre Thomas voudra, lui aussi, “voir et toucher (le ressuscité) pour croire”).(Mc 15.32)

Des femmes sont présentes, trois sont nommées:”Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le petit et de José, et Salomé, “et beaucoup d’autres montées avec lui à Jérusalem” (15.40-41) Les deux premières regardent l’endroit où Jésus est déposé après sa mort; les trois reviendront pour oindre le mort, après avoir acheté des aromates.(15.47 et 16.1)

 

Marc emploie une nuance intéressante pour parler de la profession de foi du centurion romain: “s’étant tenu en face de (Jésus) et ayant vu comment il avait expiré dit: ‘Vraiment, cet humain-là était Fils de Dieu” (15.39). On pense généralement que Marc écrivait pour la communauté de Rome où il aurait collaboré avec Pierre: cette première expression de la foi chrétienne mise dans la bouche d’un soldat romain ne pouvait que toucher le coeur des romains en attirant leur attention sur la manière dont Jésus était mort. Condamné injustement, frappé sans retenue, tourné en dérision par la soldatesque, les passants et les chefs religieux juif, cet humain-là avait toutes les raisons de haïr et d’en appeler à la vengeance: or, rien de tel, mais une attitude hors du commun, d’une grandeur manifestement digne de Dieu.

Marc décrit l’ensevelissement de Jésus “dans un linceul” (même mot que pour le jeune homme mentionné lors de l’arrestation ), à l’initiative de Joseph d’Arimathie.

 

Après le sabbat, les trois femmes décidées à embaumer Jésus se demandent “qui nous roulera la pierre hors de l’entrée du tombeau” (question concrète dont Marc est le seul à parler). Elles “voient” que la pierre est déjà roulée sur le côté, laissant le tombeau ouvert. Elles y entrent et “voient” un “jeune homme assis à droite” (l’expression entrera dans le Credo pour désigner Jésus ressuscité). qui leur demande d’annoncer aux disciples “et à Pierre” (seul Marc le nomme) que “le crucifié est ressuscité , qu’il n’est pas ici, qu’elles peuvent ‘voir’ qu’il n’est plus là où ils l’ont posé” (Mc 16.6).

Marc termine son évangile sur l’ébranlement intérieur produit par ce regard et ce message. Les femmes s’enfuient du tombeau , hors d’elles-mêmes, toutes tremblantes et ne disent rien à personne car elles étaient saisies de crainte”. Marc est seul à mentionner le silence des trois femmes au sujet du ressuscité.

Beaucoup s’accordent pour dire que la conclusion actuelle (Marc 16.9 à 20, officiellement reconnue) de cet évangile serait d’une autre plume, reprenant des éléments de Matthieu, de Luc et de Jean et montrant que le message de Jésus, “assis à la droite de Dieu”, fut “proclamé partout, le Seigneur collaborant avec eux et confirmant la Parole par les signes qui l’accompagnaient”.

Divers manuscrits rapportent deux finales différentes: une finale courte et une finale plus longue.

 

SELON LUC

 

Les chefs des prêtres cherchant le moyen de “supprimer Jésus” l’évangéliste Luc affirme:”Satan entra en Judas...qui s’aboucha avec (eux) et les “stratèges” sur le moyen de le leur livrer; ils se réjouirent et convinrent de lui donner de l’argent. Et il acquiesça. Et il cherchait une occasion favorable pour le leur livrer à l’insu de la foule” (Lc 22. 1-6).

Si la formule nous semble excessive, n’oublions pas que Jésus, voyant Pierre s’opposer à l’idée qu’il soit livré, avait traité l’apôtre de “Satan” et lui avait demandé de passer derrière lui :”tu ne penses pas comme Dieu, mais comme les humains” (Mt 16.23) . Et, dans quelques minutes, Jésus lancera cet avertissement : “Simon, Simon (Pierre), Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment et moi j’ai prié pour toi afin que ta foi ne disparaisse pas .Et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères” Et Jésus terminera son propos en annonçant à Pierre qu’il allait le renier “aujourd’hui trois fois avant le chant du coq”. (Lc 22 31-32). Ceci nous permet de pondérer la signification de cette influence de Satan sur beaucoup et non pas seulement sur le seul Judas.

Une précision de vocabulaire. Luc est le seul à désigner Judas comme “celui qui devint traître” et une seule fois.(Lc 6.16) Partout ailleurs il est dit que l’action de Judas fut de “livrer” Jésus et non pas de le trahir. Luc rapporte la remarque de Jésus:”Judas, c’est par un baiser que tu livres le fils de l’homme!” (22.48)

Luc parlera une dernière fois de Judas dans les Actes des Apôtres. Pierre s’adresse aux 120 disciples:”Judas, qui a servi de guide à ceux qui se sont emparés de Jésus. Il était compté parmi nous et il avait eu part à ce même ministère (diaconie ici, et, plus loin, épiscopè). Après avoir acquis un champ avec le salaire de l’injustice, il est tombé en avant et s’est éventré , de sorte que tous ses intestins se sont répandus. La chose a été connue de tous les habitants de Jérusalem, à tel point que ce champ est appelé dans leur langue Kakeldamah, c’est-à-dirre “champ du sang” (Actes 1.17-20). Notons que Luc attribue à Judas l’achat du champ, tandis que Matthieu l’attribue au grand Conseil.

Autre originalité de Luc ce dialogue préparant la guérison de Malchus. “Puis Jésus leur dit: “Quand je vous ai envoyés en mission sans bourse, ni sac, ni chaussures, avez-vous manqué de quelque chose?” --”De rien>>, répondirent-ils. Alors il leur dit:”Mais maintenant, celui qui a une bourse doit la prendre, de même celui qui a un sac; et celui qui n'a pas d'épée doit vendre son manteau pour en acheter une. Car, je vous le déclare, il faut que se réalise en ma personne cette parole de l'Écriture: “Il a été placé au nombre des malfaiteurs” En effet, ce qui me concerne va se réaliser.”

Luc soulignera que Jésus, loin d’agir comme un malfaiteur, se comportera en bienfaiteur vis-à-vis d’un soldat venu l’arrêter et dont l’oreille est tranchée par l’une des deux épées que possédaient les disciples: “Jésus dit alors:”Laissez! Cela suffit!” Et, ayant touché l’oreille, il le guérit” (22.51)

 

Pendant l’agonie de Jésus, Luc donne deux précisions: un ange lui apparaît, le réconfortant: et “la sueur de Jésus devint comme des gouttes de sang tombrant sur le sol” Cependant, les meilleurs manuscrits ne portent pas ces lignes. (Lc 22.43-45)

Lors du premier in terrogatoire dans la maison du grand prêtre, Luc fait mention de la tendresse miséricordieuse de Jésus envers Pierre qui vient de le renier à trois reprises:”Le Seigneur, s’étant retourné, regarda Pierre. Et Pierre se souvint de la parole que le Seigneur lui avait dite: “Avant qu’un coq ait chanté aujourd’hui, tu me renieras trois fois”. Il sortit dehors et pleura amèrement”. (22.61-62)

 

Quand Jésus est emmené chez Pilate, Luc complète l’accusation proférée par les responsables du judaïsme:”Celui-ci, nous l’avons trouvé jetant le désordre dans notre nation et empêchant de payer tribut à César, et se prétendant Christ Roi”.(23.2) Comment le Romain ne serait-il pas attentif à une telle attitude politique de Jésus?

Mais Luc montre un Pilate extrêmement circonspect, qui envoie Jésus à Hérode, chef politique de la Galilée, dès qu’il apprend l’origine galiléenne de Jésus. Hérode y voit une belle occasion de parler avec ce Jésus dont il a entendu parler depuis l’affaire de Jean Baptiste. Or Jésus se tait. Déçu, Hérode le traite avec mépris, se moque de lui en le revêtant “d’un habit magnifique”, le renvoie à Pilate et en profite pour devenir l’ami de Pilate , mettant fin à leur inimitié réciproque.

Luc insiste sur l’intime conviction de Pilate (citant même Hérode) en vue de disculper Jésus, essayant même de le faire libérer (plutôt que Barabbas) et disant avec une triple insistance: “Je n’ai trouvé cet homme coupable d’aucune des accusations que vous portez contre lui....Il n’a rien fait qui mérite la mort....Je n’ai rien trouvé en lui qui mérite la mort. Donc, après l’avoir châtié, je le relâcherai” (v.14, 15 et 22).

Devant la pression exercée par les chefs juifs, Luc conclut:”Quant à Jésus, Pilate le livra à leur volonté” (v 25). Cette phrase elliptique recouvre la flagellation et le couronnement d’épines: Luc n’en dit pas un mot. Il évite manifestement de charger les Romains.

Il va souligner, par contre, la compassion des femmes juives envers Jésus et celle de Jésus à leur égard “Ne pleurez pas sur moi, mais plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants...car si à du bois vert on fait cela, au bois sec qu’adviendra-t-il?” (v27-31)

Profondément humaines sont également les trois paroles de Jésus que rapporte Luc: “ Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font!” (34 :cependant, ce verset est absent des meilleurs manuscrits).- “Aujourd’hui, avec moi tu seras, dans le Paradis” (43) et enfin: “Père, en tes mains je remets mon esprit” (46). Comme Matthieu et Marc, Luc relate la profession de foi du centurion romain:: “ayant vu ce qui s’était passé, il rendait gloire à Dieu disant:”Réellement, cet homme était juste” (47)

Luc donne la parole au “bon larron” comparant son sort (mérité) avec le sort (immérité) imposé à Jésus.(40-43)

Luc mentionne de nombreuses personnes présentes. “Là se tenait le peuple, regardant” (35) - “”Et toutes les foules accourues ensemble pour ce spectacle, voyant. ce qui s’était passé, s’en retournaient en se frappant la poitrine” (48).

Tous ses familiers se tenaient à distance” (49)

Et Luc souligne la présence des”femmes qui l’accompagaient depuis la Galilée”: au pied de la croix (49) et devant le tombeau qu’elles quittent “pour aller préparer aromates et parfums: Et le sabbat, elles demeurèrent en repos selon le commandement” (56).

Luc lave de tout soupçon Joseph d’Arimathie, “(membre du Conseil), homme bon et juste- celui-ci ne s’était pas associé au dessein ni à leurs actes” (50-51). Il enveloppe Jésus dans un linceul.

 

Ces phrases propres à Luc constituent autant de flashes significatifs sur la qualité divine et humaine de Jésus par contraste avec l’acharnement dont il était injustement victime et qui aurait dû susciter en lui des sentiments de vengeance.

Luc met en relief les beaux comportements de certaines personnes proches de Jésus et même de personnes qui ne le connaissaient pas. En le lisant, nous sommes éblouis par les fleurs d’humanité que ne parviennent pas à engloutir les flots de haine et d’injustice. La passion selon Luc laisse déjà pressentir que l’amour est plus fort que la haine ou la mort.

***

Quelles sont les originalités de Luc dans la présentation du message de la résurrection?

 

1. Il met en scène deux hommes qui se présentent aux femmes dans le tombeau, ouvert, ne comportant plus le corps du Seigneur.

Leur message ? “Pourquoi chercher le vivant parmi les morts? “ et “Souvenez-vous des paroles de Jésus: il faut que le fils de l’homme soit livré aux mains des hommes pécheurs, qu’il soit crucifié, et, le troisième jour, qu’il se lève”. Et les femmes se souviennent et “portent la nouvelle de tout cela aux Onze et à tous les autres”

. Luc donne le nom de trois des femmes (Marie de Magdala, Jeanne et Marie de Jacques) tout en ajoutant qu’il y en avait d’autres. (24.10)

Réaction des hommes-apôtres: c’est un délire - ils ne les croient pas.(24.11)

Selon quelques manuscrits, Pierre va au tombeau, voit seulement les linges et retourne chez lui, “s’étonnant de ce qui était arrivé”. (Luc 24, 1 à 12)

 

2. Le récit bien connu sur “les pèlerins d’Emmaüs” .(24.13-35)

Luc souligne: l’attitude sans espérance de ces deux personnes et leur décision de s’éloigner : la pédagogie de l’inconnu - questionnant d’abord - montrant ensuite que les Écritures éclairent les événements en cours - refaisant enfin des gestes caractéristiques de Jésus sur le pain.

Alors leurs yeux (intérieurs) s’ouvrent tandis que l’inconnu se rend invisible à leurs yeux de chair.

Mais leur intime conviction est faite: le Christ est bien vivant, il est celui qu’annonçaient les Écritures.

Ils rejoignent les Onze pour leur annoncer cette Bonne Nouvelle.

 

3. La rencontre du Ressuscité avec les Onze, les deux d’Emmaüs et d’autres. A Jérusalem. (24.36-49)

Luc insiste sur le réalisme de la présence : Jésus “montre” ses mains et ses pieds, demande qu’on le “touche”, “mange” et, une fois de plus, “rappelle” l’Écriture et ses propres paroles.

“Alors, il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Ecritures”. Thème important pour Luc: le rapport entre la compréhension des Ecritures et la connaissance du ressuscité.

“Vous êtes témoins de cela”. Une mission, une obligation pour ceux qui croient !

“Je vous envoie la promesse de mon Père...la puissance d’en-haut”, deux expressions pour désigner l’Esprit Saint dont Luc va parler dans son prochain livre, les Actes.

 

4. Jésus les emmène vers Béthanie. Là, “ayant levé ses mains , il les bénit et il se sépara d’eux”. (Gestes classiques de l’ancêtre au moment de quitter les siens.)

“Et il était emporté au ciel” . Cette ligne manque dans certains manuscrits. Elle a cependant fait fortune, notamment chez les peintres qui mirent en scène une “ascension” physique du Christ”.(24.50-53)

 

5. Luc commencera le livre des Actes des apôtres en amplifiant les dernières lignes de son évangile. (Actes 1.1.14)

Jésus “s’est présenté vivant et s’est entretenu du royaume de Dieu avec les apôtres en “partageant le sel avec eux”, durant 40 jours.

Il a répété la promesse de l’Esprit saint, “vous serez baptisés dans l’Esprit”, d’ici peu de jours, à Jérusalem. Vous serez alors mes témoins “à Jérusalem, en Judée, en Samarie et jusqu’à l’extrémité de la terre”.

Luc situe sur le mont des Oliviers l’ultime départ du ressuscité (v.12). Ayant tout dit, Jésus est élevé pendant qu’ils le regardent, une nuée le cachant à leurs yeux .

Deux hommes se présentent à eux qui leur disent:”Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder le ciel? Ce Jésus qui vous a été enlevé pour le ciel viendra de la même manière que vous l’avez contemplé s’en allant dans le ciel”.

Luc utilise des expressions bibliques typiques: voir, manger avec, la durée de quarante jours, la nuée, le ciel, l’enlèvement vers le haut. Façon de dire:Jésus est bien vivant, il est Dieu, son parcours terrestre est terminé, mais l’Esprit de Dieu prend la relève en remplissant les apôtres des pensée de Dieu révélées par Jésus et de toute la force nécessaire pour en témoigner jusqu’aux extrémités de la terre.

Immédiatement commence l’action de la communauté chrétienne: les Onze et d’autres, des femmes ainsi que la mère et les frères de Jésus. Ils prient, choisissent le remplaçant de Judas et ...50 jours après la Pâque, le jour où les fidèles du Judaïsme célèbrent la Pentecôte, l’Esprit de Dieu les fait sortir du cénacle et les propulse sur la scène du monde pour témoigner que Jésus est bien le Sauveur par sa mort et sa résurrection.

 

SELON JEAN

 

Six jours avant la Pâque, lors d’un repas à Béthanie, Marie, soeur de Lazare, essuie de ses cheveux les pieds de Jésus sur lesquels elle a d’abord versé une livre d’un parfum de nard de grand prix.

Judas proteste, “non parce qu’il avait souci des pauvres mais parce que c’était un voleur et qu’ayant la caisse il dérobait ce qu’on y mettait”. (Judas pense que le parfum équivaut au salaire de trois cents jours de travail). C’est donc à lui que Jésus destine sa riposte:”Laisse-la!...Les pauvres vous en avez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’avez pas toujours”. (Jean 12.1-8)

Jean relate (seul) le message que Jésus adresse à ses disciples en leur lavant les pieds et sans mentionner qu’il puisse s’agir d’un repas pascal devenant la cène eucharistique (là encore il est seul).

Il mentionne Judas à plusieurs reprises durant ce repas. “Alors que le diable a déjà mis au coeur de Judas de le livrer”- ”Vous êtes purs, mais non pas tous: il savait en effet qui allait le livrer” - ”Celui qui mange mon pain a levé son talon contre moi”-- “Jésus se troubla et porta ce témoignage: ‘Amen, amen, je vous le dis: l’un de vous me livrera” - “Celui pour qui je tremperai la bouchée et à qui je la donnerai” - “”C’est alors, après la bouchée, que Satan entra en celui-ci. Donc, Jésus lui dit:’Ce que tu fais, fais-le vite’ -”Judas prit donc le morceau et sortit aussitôt: il était nuit. Quand alors il sortit, Jésus dit : maintenant est glorifié le fils de l’homme .... ”. (Jn 13. 21-31).

Ces multiples allusions de Jésus concernant Judas, commentées par l’évangéliste, révèlent la psychologie de Jésus: il connait les intentions de Judas mais il ne l’empêche pas d’agir. Lors de l’arrestation, Jean écrit à propos du jardin (de l’autre côté du Cédron) ”Judas, qui le livrait, connaissait le lieu parce que Jésus et ses disciples s’y étaient souvent réunis. Judas donc, qui avait emmené la cohorte...arrive là...Judas qui le livrait, se tenait avec eux”

A deux reprises, lorsque Jésus se désignera lui-mêrme comme étant le Nazoréen qu’ils recherchent, la cohorte recule et tombe par terre, Judas y compris.

Jean ne dit rien d’un baiser de Judas: il réduit son rôle au minimum , montrant ainsi que Jésus est le vrai maître des événements.(Jn 18.2-9)

 

Jean rapporte la spontanéité présomptueuse de Pierre refusant d’abord que Jésus lui lave les pieds et affirmant ensuite:”Je suis prêt à me défaire de ma vie pour toi” (13.37). Jésus annonce qu’il reniera. Son dernier acte de bravoure? Tirer l’épée pour trancher l’oreille droite de Malchos. Jésus le fait réfléchir:”La coupe que le Père m’a donnée, ne la boirai-je pas?” (18.10-11)

Pierre entrera dans la cour de la maison de Anne, grâce à “un autre disciple, connu du grand prêtre”. Il nia connaître Jésus lorsque “un parent de celui à qui Pierre avait coupé le bout de l’oreille dit:”Ne t’ai-je pas vu dans le jardin avec lui?” (18.15-26) Notations propres à cet évangéliste.

 

De même que la date: “C’était le matin. Et eux-mêmes (Caïphe, le grand prêtre en exercice, et d’autres) n’entrèrent pas dans le prétoire (siège du Romain Pilate) pour ne pas se souiller mais (pouvoir) manger la pâque. Pilate sortit vers eux” (18.28-29).

Le quatrième évangile répètera que “c’était le jour de la préparation de la pâque”.: le repas pascal devait donc être célébré ce soir-là, un vendredi soir, après la crucifixion de Jésus. D’où le problème de date par rapport aux trois autres évangélistes disant que Jésus, lui, avait déjà célébré le repas pascal avec ses disciples. Des exégètes évoquent l’existence d’un double calendrier en usage à l’époque.

Jean souligne l’intime conviction de Pilate:”Je ne trouve en lui (Jésus) rien de coupable” (18.38), son effort pour libérer Jésus (plutôt que Barabbas), sa décision de faire flageller Jésus par les soldats romains, le couronnement d’épines et la scène de sévices ajoutée par les soldats .

Pilate présente ensuite à la foule Jésus, couronné d’épines et revêtu d’un manteau pourpre par dérision: “Ecce homo”, “Voici l’homme”.. Les accusateurs demandent sa mort “parce qu’il s’est fait fils de Dieu”. Pilate procède donc à un troisième interrogatoire . Après quoi il sort et siège au lieu appelé “lithostrotos”...c’était la sixième heure (midi) en disant à la foule:”Voici votre roi”. L’accusation redouble:”Crucifie-le...nous n’avons pas de roi sinon César”!

Jean, rappelant encore à trois reprises (19.4; 19.6; 19.12) la conviction de Pilate sur la non culpabilité de Jésus, relate son verdict en une ligne: “Lors donc, il le leur livra pour qu’il fût crucifié. Ils prirent donc Jésus. Et, portant lui-même sa croix, il sortit vers le lieu appelé en hébreu “Golgotha” (Crâne)..

L’évangéliste situe dans le troisième interrogatoire ce commentaire de Jésus:”Toi (Pilate) tu n’aurais aucun pouvoir sur moi s’il ne t’avait été donné d’en-haut. C’est pourquoi celui qui m’a livré à toi (littéralement: “l’ayant livré à toi”) a un plus grand péché”.(19.11). Jean déroule ainsi la chaîne humaine qui livre Jésus: Judas,les grands prêtres et finalement Pilate qui l’abandonne aux pensées homicides des grands prêtres. Jésus est matériellement livré; ceux qui le livrent sont coupables, mais, spirituellement c’est lui, Jésus, qui se livre en plein accord avec “l’en-haut”.

Jean décrit l’écriteau que Pilate fit placer sur la croix et disant en trois langues (hébreu ou araméen, langue des juifs; latin, langue de l’autorité romaine; grec, langue des échanges courants): “Jésus le Nazoréen, le roi des Juifs”. Riposte finale et ironique de Pilate à ceux qui proclamaient peu avant:”Nous n’avons pas de roi” (au sens politique, et au sens religieux: nous ne voulons pas de cet homme comme roi”). ( Jn 19.19-22). (Chez Luc 23.38, pas de précision sur les trois langues et moins de mots sur l’écriteau:”Celui-ci, le roi des Juifs”)

Le quatrième évangile cite le psaume 22.19 au sujet des vêtements, précisant que les soldats en firent “quatre parts” et que la tunique de Jésus était “sans couture, d’une pièce de haut en bas” (19.23).

Cet évangéliste mentionne - la présence de trois femmes la mère de Jésus, Marie l’épouse de Clopas, soeur de sa mère et Marie la magdaléenne) et “du disciple que Jésus aimait”.- et les paroles de Jésus à “la mère”: “femme , voici le fils de toi “.... et “au disciple”: “voici la mère de toi”: (Seul, il précise que l’une de ces femmes est la Mère de Jésus,et qu’un disciple est là, “celui que Jésus aimait”.)

Jean rapporte les dernières paroles hautement symboliques et significatives de Jésus: sur sa véritable “soif” et sur l’accomplissement plénier de sa mission en fidélité au Père et à l’Écriture: “C’est accompli”.

Jean choisit à dessein la séquence sur la mort de Jésus:”Ayant incliné la tête il livra l’esprit”: ce qui signifie tout à la fois, il remet au Créateur son dernier souffle , et il transmet aux humains l’Esprit La mort de Jésus inaugure ainsi la victoire de la Vie

Jean prolonge son récit en rappelant l’intervention des autorités religieuses près de Pilate: pour hâter la mort des trois crucifiés afin qu’ils ne restent pas en croix durant le sabbat solennel de la pâque qui va commencer. Mais, à la manière d’un témoin présent, Jean donne quatre précisions:

1.Jésus est déjà mort, le soldat le constate (Jésus n’a pas fait semblant de mourir. Il connaît la mort comme tous les vrais êtres humains)

2.On ne lui brise donc pas les jambes ( fidèle application du respect de l’agneau pascal, Exode 12.46: façon de dire que Jésus est le véritable agneau de cette pâque)

3. Le soldat lui donne un coup de lance au côté, pour s’assurer que Jésus est bien mort (évocation de la déploration faite sur “celui qu’ils ont transpercé”, Zacharie 12.10. Côté ouvert, coeur manifesté, amour révélé) . Voir Luc 2,35.

4. De ce côté ouvert il sort “du sang et de l’eau” (le sang scelle la nouvelle alliance vécue et promulguée par Jésus, l’eau évoquant l’Esprit qui donne la vie nouvelle à ceux qui croient en Jésus, Christ, Jn 7.38-39)

Ces quatre précisions intéressent vivement les scientifiques qui se penchent sur le linceul de Turin. L’évangéliste, pour sa part, les relate certainement en raison de la signification religieuse qu’elles évoquent, tout en affirmant qu’elles ne sont pas purement symboliques. Il prend soin d’écrire:”Celui qui a vu a témoigné, son témoignage est véridique...” (19.35)

L’évangéliste nomme Joseph d’Arimathie en le décrivant comme “disciple de Jésus, mais caché, par crainte des Juifs” (19.38 )Il enlève le corps de Jésus .

Il ajoute le nom de Nicodème, “qui était venu auparavant auprès de lui, de nuit”. Ils “ prirent le corps de Jésus “et le lièrent avec des bandelettes, avec des aromates, comme les Juifs ont coutume d’ensevelir”. Juste avant , l’évangéliste écrit que Nicodème apportait “cent livres d’un mélange de myrrhe et d’aloès” (soit près de 30 kilogs: considérable). Là où les trois autres évangélistes employaient le mot “linceul” Jean choisit un autre terme souvent traduit par “bandelettes”, mais qui peut aussi bien être traduit par “linges”, mot plus plausible dans ce contexte..

Le quatrième évangile précise que le “tombeau neuf” était situé “dans un jardin”.

 

***

Les particularités du quatrième évangile concernant le Ressuscité

 

1. Marie la Magdaléenne vient, “le premier jour de la semaine”, ”le matin”,”il faisait encore nuit”. Elle ”voit la pierre enlevée du tombeau”, “court vers Simon Pierre et l’autre disciple qu’aimait Jésus” et leur dit: “Ils ont enlevé le Seigneur du tombeau” et “nous” ne savons pas où “ils” l’ont mis”.

Noter: tout évoque un commencement, une création, la lumière qui va jaillir. Marie Madeleine est seule mentionnée mais elle dit “nous”. Elle, la femme, évoque-t-elle ainsi les autres.femmes tandis qu’elle témoigne devant les hommes ?

2. Pierre et l’autre disciple courent au tombeau. “Le” disciple, arrivé le premier, “voit” les “linges affaissés” mais n’entre pas. Pierre, arrivé en second, entre le premier, “contemple” “les linges affaissés et le suaire qui était sur la tête non pas gisant avec les linges affaissés, mais à part, lui qui avait été enroulé dans un seul lieu”..

“C’est alors que l’autre disciple, arrivé le premier, entra à son tour; il vit et il crut”. Et l’évangéliste commente:”En effet, ils n’avaient pas encore compris l’Écriture selon laquelle il faut que Jésus se lève des morts”. Et il termine: “(Après quoi), les disciples s’éloignèrent donc chez eux”. (20.3-10)

L’évangéliste semble vouloir attirer notre attention sur certains détails: les linges d’un côté et le suaire de l’autre: le premier arrivé et le dernier entrant dans le tombeau: le dernier entré qui voit (quoi?) et se met à croire le premier: le rapport de tout cela avec les Écritures annonçant qu’il faut “LUI se lever des morts” (anastasis, action de se lever, résurrection )

Le lecteur averti se doit de chercher la raison des trois verbes utilisés pour désigner les différents “voir”, le lien entre le voir, le croire et l’Ecriture.Et la raison pour laquelle il ne se passe rien de concret pour les deux hommes-disciples après cette visite au tombeau, ouvert et non pas vide mais plein de linges à voir?

3. Marie Madeleine s’était tenue près du tombeau, dehors, se penche vers le tombeau et “contemple deux anges assis l’un à la tête et l’autre aux pieds, là où était posé le corps de Jésus. Ils lui disent: Femme, pourquoi pleures-tu? Elle répond: ils ont enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où ils l’ont déposé. Cela dit, elle se tourna en arrière et contemple Jésus, debout, et elle ne savait pas que c’ést Jésus. Il lui dit “Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu?”. Celle-là, pensant que c’était le jardinier, dit: seigneur si tu l’as emporté, dis-moi où, et moi je l’enlèverai. Jésus lui dit:Mariam. Se tournant elle.lui dit en hébreu Rabbouni (ce qui veut dire “enseignant”, “maître”).Jésus lui dit: ne me retiens pas ( pour toi) je ne suis pas encore monté vers le Père. Rends-toi par contre vers mes frères et dis leur: je monte vers le père de moi et père de vous, mon Dieu et votre Dieu”. Marie Madeleine vint donc annoncer aux disciples: j’ai vu le Seigneur et il a dit cela à elle”(littéralement).(20 17-18)

Les expressions que j’ai soulignées peuvent susciter de multiples commentaires.

4.Le soir, Jésus se trouve au milieu des disciples renfermés. Il leur souhaite la paix, montre ses mains et son côté. Ils en sont heureux.

Jésus leur souhaite à nouveau la paix et les envoie, comme le Père l’a envoyé.

Puis “il souffle sur eux et dit:”Recevez le Souffle saint. Si de certains vous lâchez les péchés ils ont été lâchés à eux; si de certains vous retenez, ils ont été retenus “(littéralement 20.23).

5. Thomas était absent ce soir-là. Les disciples lui disent qu’ils ont vu le Seigneur. “Si je ne vois pas la trace des clous, si je ne place pas ma main dans le côté, sûrement je ne croirai pas”.

Huit jours plus tard, Jésus est là “au milieu” des disciples; il dit à Thomas “Porte ton doigt ici et vois mes mains, porte la main de toi et place-la dans mon côté, et ne sois pas incroyant mais croyant”.Thomas répond: ”Le Seigneur de moi et le Dieu de moi!”. Jésus lui dit:”Parce que tu m’as vu tu as eu foi. Heureux ceux qui n’ayant pas vu ont eu foi”.

L’évangéliste termine son évangile sur ces témoignages et conclut:”Ces signes ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu et pour que, en croyant, vous ayez la Vie dans en son Nom”.

Ainsi est rendue évidente l’intention du quatrième évangéliste: conduire à la foi et à la vie en sélectionnant quelques-uns des nombreux “signes” que Jésus a faits pour conduire à la Vie ceux qui en comprennent le sens.

 

FAUT-IL CONCLURE ?

 

Nous voici avertis.

Les quatre évangiles ne sont pas des écrits neutres, du genre reportage historique ou biograhique. Leur but n’est pas inavouable ou frauduleusement caché. Ils produisent leur effet qui dépasse largement la simple curiosité. Leur efficacité est historiquement constatable à des millions d’exemplaires: ceux et celles qui les lisent et les méditent s’ouvrent à la personne du Christ. Ils découvrent du sens à leur existence et se mettent à vivre autrement. Ceci depuis 2000 ans. Et il en sera encore ainsi demain.

 

Les évangiles ne sont ni une fiction pour divertir en gagnant de l’argent, ni un faux témoignage composé au premier siècle pour camoufler par anticipation des vilennies ou atrocités commises au nom du Christ. Cherchez plutôt à qui profite maintenant le vrai faux secret soi-disant décrypté!

 

Les évangiles constituent un don exceptionnel offert aux humains pour mieux connaître celui dont ils sont une icône et qui cherchent à progresser dans la ressemblance envers lui, le Sauveur agissant exclusivement par Amour gratuit.

 

Les personnes dont ils relatent les paroles et les comportements pendant la passion de Jésus ou après sa résurrection ont une réelle dimension historique, inhérente à l’Humanité. C’est pourquoi leurs réactions éveillent la conscience d’innombrables lecteurs qui découvrent au fond de leur histoire quelques ressemblances avec Judas ou Pierre, avec les femmes de Galilée ou le disciple bien-aimé, avec Pilate ou Marie Madeleine, avec les chefs ou les soldats. Nous faisons partie de la Foule versatile, capable du meilleur et du pire. Avec les évangiles, hier, aujourd’hui et demain sont toujours d’actualité.

 

Jean Charles Thomas Ancien évêque de Versailles et de Corse

 

Retour au PLAN du site

 

Revenir à la page d'ACCUEIL

 

Revenir en HAUT de cette page